L'intelligence contemporaine est malade de ne plus prendre appui sur le réel. Son repli sur elle-même, son subjectivisme excessif la mène à des élaborations destructrices de ce qui fait l'homme. Dans le fatras de cette gigantesque "foire aux cultures" qui, dans le même temps, surgit de partout, on sent sourdre le besoin vital de retrouver l'homme vrai dans lequel on pourrait discerner sa structure fondamentale. On nous parle d'expression corporelle, de revalorisation du corps, de pédagogie active sans trop savoir comment assouvir cette faim vorace, ce besoin vital de retrouver l'homme véritable.
A ce monde qui s'éteint, à ce monde qui renaît, la méthodologie joussienne propose des lois anthropologiques universelles et perdurables en raison de leur fondement psycho-physiologique. L'oeuvre de Jousse est un tout cohérent qui met à jour les liens des disciplines les plus diverses, apparemment les plus disparates et séparées par des classifications artificielles qui en minimisent la portée: psychologie, psychiatrie, pédagogie, ethnologie, linguistique, rythmologie, etc. Car l'homme qu'il étudie et auquel maintenant on s'intéresse de plus en plus, c'est l'homme "saisi dans sa jaillissante spontanéité: l'anthropos".
Ces derniers mots, que nous trouvons au début du présent ouvrage, montrent dans quel esprit de large observation humaine Jousse mène sa recherche. Son rare mérite est d'avoir ramené dans son oeuvre la multiplicité à l'unité. Il est l'homme de l'interdiscipline. Il est coordonnateur.
Sans doute les grands thèmes déjà abordés dans les précédents ouvrages se retrouvent dans la série des mémoires dont celui-ci et composé. Mais ils sont ici repris comme fondements dynamiques de la transmission, de la communication par la Parole.
Ainsi du Mimisme: Jousse montre comment l'homme transpose le rejeu global du réel perçu dans toutes ses fibres en un rejeu laryngo-buccal qui se diversifiera en langues ethniques.
Ainsi du Bilatéralisme: la structure bilatérale du corps humain explique le balancement et le parallélisme qu'on remarque dans toutes les compositions gestuelles ou orales des différents milieux ethniques.
Ainsi du Formulisme: trésor traditionnel de formules
verbales aptes à se renouveler en de nouveaux agencements.
Cette loi du Formulisme est ici plus spécialement
étudiée dans la composition et la transmission des
Evangiles.
Ainsi enfin de l'Analogisme: corollaire du Mimisme. C'est par l'intermédiaire du réel visible que l'homme tente d'exprimer l'invisible. Le mémoire intitulé Père, Fils et Paraclet nous montre la sublimation du Mimisme, transcendé par l'analogie. Conduits par l'analyse de la trinité anthropologique Le Parlant, la Parole et le Souffle, nous sommes élevés, par l'analogie, à la formulation du mystère trinitaire de la dogmatique chrétienne.
Dans le mémoire: Jud’hen, Judéen, JudaÔste qui clÙt cet ouvrage, l'auteur, s'attachant à résoudre avec précision certaines questions ethnologiques, nous montre "l'impérialisme perdurable des lois de la vie".
Cet ouvrage d'un savant anthropologiste devrait être lui par toute personne en recherche sur les problèmes de l'homme. Et son intérêt, sa surprise ne feront que s'accroître en voyant du même coup s'éclairer d'une manière inattendue maints problèmes religieux sur lesquels beaucoup s'interrogent actuellement.
Comité des Etudes Marcel Jousse.
© Association Marcel Jousse, 2000
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