Marcel Jousse

chercheur, anthropologue, pédagogue

Catégorie : Citations

Qu’est-ce que le propre de l’Homme ?

Il a suffi d’orienter nos recherches vers la grande loi congénitale du mimisme pour qu’on s’aperçoive combien le mimisme humain est la faculté primordiale de l’homme. Ce n’est donc pas le langage – geste de la langue – qu’il va falloir étudier d’abord et dont il va falloir montrer la genèse, mais c’est le mimisme humain.

Pourquoi parlons-nous ? Je dirais que c’est normal, car lorsque nous redescendons au plus profond, nous voyons que nous mimons toutes choses, et que le langage oral n’est que le geste appauvri de la gesticulation globale.

Mais plus profonde question et non résolue encore est la suivante :
pourquoi l’enfant mime-t-il tout ? Pourquoi joue-t-il à tout ? Pourquoi a-t-il tant de mal à devenir le petit être empaillé que nous voulons faire de lui ? Pourquoi a-t-il trop et tant de mal, – et que même beaucoup ne peuvent pas y arriver, – à s’ajuster à ces algébrisations que nous lui imposons ? Pourquoi allons-nous trouver le geste qui toujours et partout reparaît ? Pourquoi les liturgies, pourquoi les traditions ? Pourquoi toutes ces fêtes où le geste joue le plus grand rôle ? Pourquoi les drapeaux ? Pourquoi ces décorations avec l’épée qui vient se poser sur l’épaule ? Pourquoi tous ces gestes sociaux ? Pourquoi cette politesse ? Pourquoi ces saluts ? Pourquoi enfin d’un bout du monde à l’autre le geste apparaît-il comme moyen d’intercommunication ?

C’est là le vrai problème et je n’ai pas eu la naïve prétention, l’an dernier, de vous le résoudre, mais vous voyez que c’est là, la grande loi humaine. « L’homme est le plus mimeur de tous les animaux. » Voilà le problème. Aristote l’avait déjà proposé et il faudra un jour que quelqu’un le résolve. Nous n’avons pu jusqu’ici en connaître la raison.

Extrait du cours du Professeur Marcel Jousse à l’École d’Anthropologie, le 6 novembre 1933.

Cet extrait est repris et commenté par Edgard Sienaert dans l’article « Le geste doit précéder la parole. De l’anthropologie du mimisme de Marcel Jousse » qu’il a publié dans la revue Degrés, n°171-172, automne-hiver 2017, Bruxelles.

Cet article est issu de l’intervention qui est visible en vidéo via cette page.

Jousse propose une méthodologie, pas des théories

S’approcher de l’anthropologie proposée par Jousse suppose de sortir de la posture habituelle du lecteur-élève face à l’auteur-théoricien. Ce n’est pas un auteur (de livres), c’est d’abord un enseignant * (de gestes). Il n’hésite pas dans ses cours à interpeller ses auditeurs, voire à se montrer provocateur, afin de secouer les habitudes de conformisme intellectuel.

* enseignant, au sens figuré et au sens propre : montrer (comme le fait l’enseigne d’un magasin)

Voici quelques orientations méthodologiques se dégageant de façon récurrente parmi ses cours.

1. Jousse ne veut pas de disciples : soyez vous-mêmes !

  • Seul Jousse peut vraiment comprendre Jousse
  • L’autorité de l’expérience personnelle
  • Prendre conscience de soi-même
  • Pas de disciples, mais des collaborateurs
  • Le professeur qui ne veut pas que vous pensiez comme lui
  • Un professeur qui veut être dépassé par ses élèves

2. Les choses avant les mots : revenir au réel

  • Se mettre en face des choses
  • Observer les faits
  • Vérifier les lois
  • Donner du réel, quoi qu’on en dise
  • Prendre conscience du réel, d’une façon vivante et d’une façon anthropologique

3. Désinfecter le vocabulaire, se défaire des fausses méthodes

  • La méthode de Pasteur pour étudier et manier le vivant
  • Se dégager des vieilles formules
  • Les fausses méthodes et les pseudo-problèmes : introduction au cours du 23 octobre 1940 à l’école des Hautes-Études
Le jour où vous me direz que vous êtes mes disciples, je considérerais cela comme une abdication de vous-mêmes, je veux que vous soyez les disciples du réel. Si je ne suis pas qu’un montreur de réel et si je m’impose à vous au lieu de réel, je ne serai qu’un déformateur et non pas le formateur comme je voudrais l’être ici.

Télécharger la compilation d’extraits de cours

Jouer et rejouer les sons de la nature

Nos yeux, oserais-je dire, nous rendent muet l’univers. Aveuglés par nos yeux, nous ne faisons plus attention au son des choses.

Si vous voulez vous en rendre compte, il y a une expérience très simple que vous pourrez faire pendant les vacances. Prenez un ami, curieux comme vous des choses psychologiques, bandez-vous les yeux, et demandez-lui qu’il vous conduise en forêt. Vous aurez là toute une révélation du monde sonore de la forêt. Vous n’avez jamais entendu ce que vous entendrez ce jour-là. C’est que votre regard vous disperse en temps ordinaire, vous regardez les choses, mais vous ne les écoutez pas.

Écoutez ! vous allez entendre votre pas qui donne un certain son sur les feuilles desséchées, sur les feuilles mortes, vous allez entendre le bruit que fait une branche qui se casse quand le bois est d’une telle espèce, le bruit que fait votre passage sur des feuilles de coudrier, qui sont à l’état de velours, le bruit que fait votre ami quand il passera sur des feuilles de chêne qui sont lisses et dures. Vous aurez là une immense révélation du bruit des choses.

Extrait du cours du Professeur Marcel Jousse à la Sorbonne le 26 janvier 1933 : « Le rejeu des gestes auriculaires »

Cette proposition d’expérience peut vous sembler amusante mais anodine. L’émission de radio ci-dessous montre que l’attention auditive à la nature peut devenir une passion très riche et même se transformer en activités professionnelles surprenantes.

A l’écoute des bruissements du monde et des chanteurs d’oiseaux

(émission « Le Temps d’un Bivouac » diffusée sur France Inter vendredi 6 juillet 2018)

Daniel Fiévet reçoit :

  • partie 1 : Boris Jollivet, audio-naturaliste
  • partie 2 (29’15) : Johnny Rasse et Jean Boucault, comédiens, imitateurs de chants d’oiseaux

Quelques échos des ouvrages d’Edgard Sienaert

La pensée de Marcel Jousse fait son chemin dans différents milieux.

Témoignage reçu par Edgard Sienaert en janvier 2017 de la part d’un ingénieur travaillant dans l’industrie :

Vos livres (“Au commencement était le mimisme” et “In search of coherence”) m’ont accompagné pendant 2 ans dans ma mission de chef projet, sur un gros projet technique. J’ai eu l’occasion de faire plusieurs fois référence à Jousse pour orienter la méthode de travail des chercheurs et vis-à-vis des relations et du travail en équipe. Voici entre autres les quelques lignes que j’ai emprunté de votre livre et que j’ai partagé avec l’équipe :

N’est véritablement savant qu’un homme qui n’a pris qu’un petit coté du réel et qui le défonce autant qu’une vie d’homme peut le permettre.

Ce qui nous manque en temps ordinaire, c’est ce très rare mécanisme expressif qui permet d’épouser les sinuosités du réel tel qu’il est.

Il faut, comme disait St Paul, dépouiller le vieil homme et revêtir le nouveau. Or c’est extraordinairement difficile.

Le seul moyen de penser frais, c’est de penser en face des choses, et après seulement de nommer les choses par des termes qui ne seront pas contaminés par les anciennes erreurs de notre milieu ethnique.

Le génie, c’est celui qui observe les choses comme elles sont, qui se laisse informer par les choses comme elles sont, et qui les rejoue avec tout son être, donc avec tous ses gestes.

Quand vous vous trouvez en face de quelqu’un, je ne dis pas qu’il faut que vous vous compreniez à demi-mot, mais arriver à ce que vous vous compreniez sans mots.

Ne croyez pas que nous pensons de la même façon parce que nous avons employé les mêmes mots.

L’illusion que nous avons de nous comprendre doit se changer en prise de conscience que nous ne pouvons pas nous comprendre et donc qu’il faut que nous nous ajustions lentement, longuement, minutieusement.

Collaborer, c’est essayer de s’infléchir souplement, à avoir les mêmes compréhensions.

Restez vous, implacablement vous, formidablement vous – j’ajouterais nécessairement vous, vous ne pourrez jamais vous échapper de vous-même, mais faites « comme si ». (1)

A titre personnel et professionnel, Jousse m’a beaucoup appris et depuis un an j’ai commencé à utiliser le corps pour apprendre et pour travailler de nouveaux comportements utiles pour un chef projet et manager. Cela a été très efficace.

(…)  Votre travail sur Jousse inspire profondément d’autres personnes, dont moi, et que vos livres ont de mon point de vue un apport indiscutable par rapport aux ouvrages existants. Je dis même que sans vos ouvrages, je n’aurais pas compris Jousse. Car en plus d’être fidèle à la pensée de Jousse, vous avez su rendre cela accessible, facile à lire, avec un fil conducteur très bien construit.

Merci.

Dr. Ing. Pierre Février

(1) Citations tirées des cours de Marcel Jousse, rassemblées par Edgard Sienaert dans « Au commencement était le mimisme » (La Procure, Paris, 2014).

L’être humain dans la fluidité – Le formulisme des gestes

Par une soirée d’automne tardif, vous est-il arrivé quelquefois de rester pendant une heure au milieu d’une forêt ?

On a là une sensation étrange et très instructive. C’est, de seconde en seconde, un écoulement de toutes choses : ce sont les feuilles qui tombent une à une comme le déclic d’une pendule, ce sont les branches mortes qui, avec un bruit sec, viennent frapper sur les feuilles mortes, ce sont des morceaux d’écorces qui se détachent et tombent avec un bruit sourd. On sent là comme la pulsation de l’écoulement des choses.

Parmi les philosophes grecs, l’un d’entre eux est resté particulièrement célèbre pour avoir eu de cet écoulement des choses un sentiment qu’on peut dire unique dans l’Histoire : Héraclite : ‘Tout coule’.

Extrait d’un cours de Marcel Jousse donné à la Sorbonne le 6 février 1936.

C’est là, j’allais dire le grand fondement et la grande angoisse de la science possible ou impossible.

Alors que fait instinctivement le composé humain dans ce perpétuel écoulement, dans cette impossibilité de retrouver le lendemain ce qu’il a fait la veille ou ce qu’il était la veille ? Il a fait ou plutôt le Formulisme s’est fait en lui.
Ce Formulisme fait que nos mécanismes tendent à remonter le courant de ce fleuve héraclitien. ‘Tout coule’ dit ce mécanisme de fluidité. ‘Tout doit s’arrêter quand nous en avons besoin’, dit le Formulisme.

C’est pour cela que dès ses premières minutes, le petit enfant est ‘formulé’ dans chacun de ses gestes. Il aura très vite la façon de boire à la poitrine de sa mère, il aura très vite la façon d’ouvrir ses petites mains et de saisir les choses, il aura très vite la façon de remuer ses jambes. Et ce n’est là que le commencement si j’ose dire, de la ressaisie, de la remontée du flot. Quand il jaillit hors du sein de sa mère, il est pour ainsi dire fluide, c’est tout-à-fait le fleuve héraclitien, il est capable de tout. Maintenant, au fur et à mesure qu’il va vivre, et même au bout d’une heure, il n’est déjà plus la fluidité de la seconde, et d’heure en heure, de jour en jour, de semaine en semaine, de mois en mois, vous pouvez voir ce que nous pourrions appeler ses ‘tics’, ce que vous appellerez exactement de la même manière, ses habitudes, ce que nous appelons, ses formules.

C’est la seule façon de résister, je ne dis pas de vaincre, de résister à cette grande loi de la fluidité des gestes humains. Qu’est-ce qui va se passer ? C’est que précisément ce qui est en nous, sans nous, va faire cette immense et merveilleuse chose qu’on appelle le Mimage. Il est, lui, homme ou enfant, plein d’un appareil récepteur qu’on n’avait pas étudié jusqu’ici, le Mimisme.

Quand il va se trouver en face d’un objet, en lui, miroir fluide et cependant statique, va se jouer, se répercuter, se réverbérer cette interaction. Il va être capable de la redonner, une fois, 10 fois, 100 fois.

C’est cela le Formulisme interactionnel propositionnel que nous avons schématisé de cette façon :

l’Agent agit sur l’Agi

Extrait d’un cours de Marcel Jousse donné à l’école des Hautes-Études le 16 avril 1940.

C’est l’interaction qui est primordiale dans le mécanisme du Mimisme.

L’enfant n’est pas un miroir statique morcelé. Il n’est pas,
1° le Kangourou statique qui mange,
donc 2ème attitude : la manducation,
3° l’aloès qui a une forme caractéristique, si tant est qu’il y en ait en face de lui, non.

Il va être précisément le kangourou-qui mange-l’aloès, c’est-à-dire une interaction. Et il va jouer au kangourou-qui-mange-l’aloès. Il va jouer à des agents agissant sur des agis sans découpage et c’est cela qui va nous donner précisément l’étude du Formulisme.

Extrait d’un cours de Marcel Jousse donné au Laboratoire de Rythmo-pédagogie le 18 janvier 1939.

Ce « collier » de citations est proposé par Edgard Sienaert, auteur de « Au commencement était le mimisme« .

Le cinéma, outil principal de l’anthropologie dynamique

Extrait d’un cours de Marcel Jousse à l’école d’anthropologie le 5 novembre 1934

Prendre l’être humain comme il avait été observé toujours, se pencher sur lui toujours, le regarder toujours.
Et c’est là qu’il nous aurait fallu l’outil que nous n’avons eu qu’en ces dernières années : le cinéma.
Grâce aux ingénieurs, nos collaborateurs que j’ai la grande joie de compter en face de moi, nous avons maintenant un outil qui remplace l’observation aiguë, lente, douloureuse, afin de saisir la loi de gravitation humaine : le Mimisme.
Et cet appareil se présente maintenant comme un joujou. Voilà ce avec quoi nous allons remuer l’univers hominien.
Nous allons simplement laisser se braquer cet œil artificiel, et nous allons saisir le Mimisme, le geste mimique toujours et partout, mais implacablement enregistré.
C’est cela qui nous a manqué lorsqu’ enfant, nous étions frappé par cette extraordinaire tendance de nos petits camarades voulant « jouer à tout ».
C’est encore cela, qui nous a manqué lorsque, à travers l’Amérique, nous avons vécu au milieu de ces étranges survivants que sont les Amérindiens s’exprimant en langage de gestes. Nous n’avions pas alors des appareils portatifs à notre portée et à notre libre usage personnel.
Une société américaine est en train actuellement de faire un immense dictionnaire pour tenter de relever par écrit tous les gestes mimiques encore existants dans les muscles des tribus indiennes. Mettre en catalogues le langage de gestes des Indiens.
Voyez-vous actuellement des hommes qui, en Amérique, ont à leur disposition le cinéma formidable de Hollywood où toutes les stars du monde viennent faire leur ronde, comme dit la chanson, et ces hommes qui épargnent quelques myriamètres de films pour prendre ce qui, demain, serait pour nous des documents irréfutables de l’origine du langage par le geste ?
Pourquoi cette anomalie étrange ? C’est que le cinéma à l’heure actuelle, se consacre à  la danse des stars et pas encore à la science ! Lorsque dans un cours, on apporte un cinéma, on donne l’impression de vouloir désennuyer son auditoire et non pas de l’instruire.
C’est cela qui empêche les firmes américaines d’envoyer leurs stars prendre des bains de soleil, et d’enregistrer les gestes des derniers Indiens.
Regardez quelle serait la force de ma parole si je pouvais vous dire : « Voilà le film pris par les grands anthropologistes américains. Voilà des gestes propositionnels, non pas faits seulement pour ajuster des histoires de cow-boy, mais pris par les grands spécialistes de l’anthropologie sur les derniers Indiens ! »

Plan du cours – L’anthropologie du geste et la mimologie expérimentale

Introduction : L’outil principal de l’Anthropologie dynamique : le cinéma

I. L’ HOMME EST UNE CAMERA PRENEUSE DE GESTES

  • par toute sa gesticulation : corporelle – manuelle, oculaire, auriculaire, gustative, olfactive…

II. L’HOMME EST UNE CAMERA REJOUEUSE DE GESTES

  1. Problème de la Connaissance
  2. L’Homme est non pas un cerveau, un complexus de gestes possiblement conscients
  3. Le premier langage : le Rêve

III. L’HOMME EST UNE CAMERA DISLOQUEUSE DE GESTES

  1. Du berceau à la tombe, rejeux continus
  2. Rejeux exacts, combinés, sublimés (génie)
  3. Rejeux disloqués (folie)

CONCLUSION – Le cinéaste est un pédagogue.

Le geste doit précéder la parole

« Qu’est-ce qui va m’aider, si j’ose dire, à modeler ma pensée ? Qu’est-ce qui va permettre de la faire fluide ou raide ? C’est mon geste. Je suis conduit par mon geste. Ce n’est pas la parole qui me conduit, c’est mon geste. Et voilà pourquoi, sans que je m’en aperçoive, certains de nos spectateurs peuvent me dire : ‘Oui, on sait votre pensée. Avant que vous ne l’ayez exprimée, vous l’avez jouée’.

Et c’est la raison pour laquelle l’enfant prend le monde réel avec tout son corps et puis le rejoue et vous donne ensuite la transposition orale de ce réel intussusceptionné, mais avec toujours cette interférence stupéfiante et inexplicable du besoin de comparer. Cela je n’ai encore pu me l’expliquer. Je suis stupéfait moi-même de la définition que j’ai été obligé de donner : ‘L’homme est un animal qui fait des comparaisons’. Aussi le petit enfant qui est en face de l’objet, va le mimer et tout de suite, le jeu de la comparaison va se produire. Il va donner ce qui se rapproche le plus du geste qu’il a vu et qui est une des joies de son expression.

Un enfant voit-il tomber des feuilles ? Ce ne sont pas les feuilles qui vont le frapper, mais il a vu des plumes tomber de la poule qui s’ébroue et devant cet éparpillement de petites feuilles, il rejoue cet éparpillement de petites plumes et il dit : ‘Maman, regarde les plumes de l’arbre qui tombent’. C’est là un des beaux exemples de l’expression gestuelle enfantine.

C’est peut-être là que nous avons la solution. C’est que les feuilles et les plumes font le même geste. Il y a ce je ne sais trop quoi de très fin, de virevoltant, de planant, de tournoyant, de tourbillonnant, très doucement, et qui se pose. L’enfant l’a saisi, et c’est par le caractère mimique des deux objets que s’est fait le rapprochement d’où jaillit pour nous ce que nous appelons : la poésie.

Il faudrait que nous recueillions tous ces mots d’enfant qui jetteraient sur la psychologie du langage et de l’expression un jour tout à fait inattendu. Le beau style de l’enfant, c’est son style spontané, ce n’est pas celui qu’on lui fait faire à l’école. Nous avons des livres qui nous parlent de la ‘rédaction’ chez l’enfant. Mais la véritable rédaction de l’enfant ne se fait pas devant le papier et l’encrier, elle se passe en récréation quand il joue avec son petit camarade. Là jaillit un style inattendu fait de petites phrases courtes, mais pleines de réel et pleines de jeu. L’enfant joue avec les métaphores comme il joue avec ses gestes, parce que le geste est métaphore. »

Extrait d’un cours de Marcel Jousse, ‘Le geste mimique et la création de la métaphore’, fait en Sorbonne, le 14 janvier 1932.

Qu’est-ce qu’une loi scientifique ?

Quelle va être la loi ? Voyez-vous ce mot ? Quelle va être la loi qui va, comme un fil mystérieux, relier toutes les perles éparses ?

(…)

C’est précisément cela que cherche le futur Professeur. La LOI. Qu’est-ce que peut faire un éparpillement d’observations médicales ? Vous pouvez m’apporter deux cents, trois cents observations, comme vous nous en montrez habituellement dans vos thèses de doctorat de médecine. Mais ceci, ce sont des perles. Ceci c’est l’éparpillement. Ce que je cherche, c’est précisément toujours le grand lien qui va donner les solutions.

On peut très bien découvrir les lois sans être spécialisé dans chacune perles détachées.

(Cours à la Sorbonne le 05/12/1935)

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