Extrait d’un cours de Marcel Jousse à l’école d’anthropologie le 5 novembre 1934

Prendre l’être humain comme il avait été observé toujours, se pencher sur lui toujours, le regarder toujours.
Et c’est là qu’il nous aurait fallu l’outil que nous n’avons eu qu’en ces dernières années : le cinéma.
Grâce aux ingénieurs, nos collaborateurs que j’ai la grande joie de compter en face de moi, nous avons maintenant un outil qui remplace l’observation aiguë, lente, douloureuse, afin de saisir la loi de gravitation humaine : le Mimisme.
Et cet appareil se présente maintenant comme un joujou. Voilà ce avec quoi nous allons remuer l’univers hominien.
Nous allons simplement laisser se braquer cet œil artificiel, et nous allons saisir le Mimisme, le geste mimique toujours et partout, mais implacablement enregistré.
C’est cela qui nous a manqué lorsqu’ enfant, nous étions frappé par cette extraordinaire tendance de nos petits camarades voulant « jouer à tout ».
C’est encore cela, qui nous a manqué lorsque, à travers l’Amérique, nous avons vécu au milieu de ces étranges survivants que sont les Amérindiens s’exprimant en langage de gestes. Nous n’avions pas alors des appareils portatifs à notre portée et à notre libre usage personnel.
Une société américaine est en train actuellement de faire un immense dictionnaire pour tenter de relever par écrit tous les gestes mimiques encore existants dans les muscles des tribus indiennes. Mettre en catalogues le langage de gestes des Indiens.
Voyez-vous actuellement des hommes qui, en Amérique, ont à leur disposition le cinéma formidable de Hollywood où toutes les stars du monde viennent faire leur ronde, comme dit la chanson, et ces hommes qui épargnent quelques myriamètres de films pour prendre ce qui, demain, serait pour nous des documents irréfutables de l’origine du langage par le geste ?
Pourquoi cette anomalie étrange ? C’est que le cinéma à l’heure actuelle, se consacre à  la danse des stars et pas encore à la science ! Lorsque dans un cours, on apporte un cinéma, on donne l’impression de vouloir désennuyer son auditoire et non pas de l’instruire.
C’est cela qui empêche les firmes américaines d’envoyer leurs stars prendre des bains de soleil, et d’enregistrer les gestes des derniers Indiens.
Regardez quelle serait la force de ma parole si je pouvais vous dire : « Voilà le film pris par les grands anthropologistes américains. Voilà des gestes propositionnels, non pas faits seulement pour ajuster des histoires de cow-boy, mais pris par les grands spécialistes de l’anthropologie sur les derniers Indiens ! »

Plan du cours – L’anthropologie du geste et la mimologie expérimentale

Introduction : L’outil principal de l’Anthropologie dynamique : le cinéma

I. L’ HOMME EST UNE CAMERA PRENEUSE DE GESTES

  • par toute sa gesticulation : corporelle – manuelle, oculaire, auriculaire, gustative, olfactive…

II. L’HOMME EST UNE CAMERA REJOUEUSE DE GESTES

  1. Problème de la Connaissance
  2. L’Homme est non pas un cerveau, un complexus de gestes possiblement conscients
  3. Le premier langage : le Rêve

III. L’HOMME EST UNE CAMERA DISLOQUEUSE DE GESTES

  1. Du berceau à la tombe, rejeux continus
  2. Rejeux exacts, combinés, sublimés (génie)
  3. Rejeux disloqués (folie)

CONCLUSION – Le cinéaste est un pédagogue.

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