Francisco García-Baca est membre de l’Association Marcel Jousse depuis plusieurs années. Il vient de terminer une thèse de doctorat en théologie en Espagne à propos de l’intérêt de l’anthropologie du geste de Jousse pour la théologie spirituelle.
Il partage ici la nouvelle de la publication d’un article à la fin du mois de juin, dans la revue hispanophone Scripta Theologica. Bravo pour ce double accomplissement qui est le fruit d’un travail long et approfondi !
Son texte est suivi par des notes visant à clarifier le sens de différents termes.


Cette publication présente, me semble-t-il, un intérêt particulier pour la famille joussienne, et cela pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, Scripta Theologica constitue aujourd’hui une revue de référence dans le domaine des études théologiques. Publiée par la Faculté de théologie de l’Université de Navarre depuis 1969, elle bénéficie d’une reconnaissance académique internationale et figure parmi les revues les mieux positionnées dans le domaine des études religieuses. Selon le classement international Scimago Journal Rank (SJR), fondé sur les données de la base Scopus, la revue est classée dans le premier quartile (Q1), c’est-à-dire parmi les 25 % des revues scientifiques les mieux positionnées dans sa catégorie au niveau mondial. Cette présence dans les classements internationaux témoigne de la qualité scientifique des travaux publiés et de la visibilité croissante de la revue dans le dialogue théologique contemporain.

Son rayonnement international, son système d’évaluation par les pairs et son ouverture aux différentes disciplines théologiques en font un espace particulièrement significatif pour la diffusion de recherches théologiques innovantes.

Ensuite, cette publication marque, à ma connaissance, une étape significative dans l’introduction de l’anthropologie du geste de Marcel Jousse au sein de la réflexion théologique et liturgique contemporaine. Les perspectives ouvertes par cette anthropologie trouvent ainsi un nouvel espace de dialogue avec la recherche théologique actuelle, en particulier dans le domaine de la liturgie.

Enfin, il convient de souligner l’accueil très favorable réservé à cet article par la revue. Évalué selon la procédure du double blind peer review, il a été accepté à peine un mois après sa soumission. Les deux rapporteurs lui ont attribué la note maximale (5/5) pour chacun des critères d’évaluation : pertinence du sujet, originalité et qualité scientifique de l’article, cohérence dans l’exposition des objectifs, actualisation de la bibliographie, rigueur méthodologique, développement de l’exposé et solidité des conclusions.

Il est également significatif de noter que, parmi les différents articles publiés dans ce numéro, les éditeurs ont retenu celui-ci pour ouvrir la série des contributions, en le plaçant en première position dans l’ordre de parution. Cette disposition éditoriale témoigne de l’attention particulière portée à cette étude au sein du volume.

Pour toutes ces raisons, cette publication constitue un véritable motif de joie pour la famille joussienne. Elle contribue à faire entrer l’anthropologie du geste de Marcel Jousse dans le champ de la réflexion théologique et liturgique contemporaine par l’intermédiaire d’une revue de référence. Elle représente également une nouvelle étape dans la diffusion de la pensée joussienne dans le monde hispanophone, ouvrant de nouvelles possibilités de dialogue avec les chercheurs et les théologiens intéressés par l’anthropologie du geste.

Voici le lien vers l’article tel qu’il a été publié par la revue, en espérant qu’il pourra susciter l’intérêt des lecteurs et des chercheurs :
https://revistas.unav.edu/index.php/scripta-theologica/article/view/54711

Pour le moment, et dans l’attente de savoir si la revue autorise une traduction française de l’article, je me permets de partager avec vous le résumé (abstract) traduit en français.


GESTE ET LITURGIE
L’anthropologie de Marcel Jousse et la signification cosmique-doxologique du geste liturgique

Résumé :
Cet article présente l’anthropologie du geste de Marcel Jousse appliquée à l’analyse symbolique du geste liturgique, en particulier dans la doxologie finale de la Prière eucharistique. À partir d’un bref diagnostic de l’expression humaine face au phénomène liturgique et de l’exposition d’un ensemble choisi de lois anthropologiques, une mise en dialogue critique est établie avec des sources bibliques, patristiques et théologiques, afin de redécouvrir la densité anthropologique et la portée cosmique-doxologique du geste liturgique. Cette étude constitue la première exploration de l’anthropologie du geste de Marcel Jousse comme discipline particulièrement adaptée à la réflexion liturgique contemporaine.

Mots-clés :
Geste, Liturgie, Anthropologie, Marcel Jousse, Liturgie cosmique, Doxologie, Mimisme, Bilatéralisme.

Francisco García-Baca


PS : pour les lecteurs qui ne seraient pas familiers avec le vocabulaire théologique ou la terminologie joussienne, voici quelques brèves définitions accompagnées de leur étymologie et commentées au besoin. Jousse apportait en effet une grande importance à la clarté de la terminologie, qui constitue un outil déterminant pour la connaissance du réel.

Selon l’article Wikipedia (19/08/2026), “une doxologie est une formule de louanges employée dans la liturgie juive puis chrétienne. Elle est en général exécutée en tant que finale de prières.
Le terme « doxologie » vient du grec ancien doxa (δόξα, « gloire ; opinion ») et logos (λόγος, « parole ; discours »). Il signifie : « parole de gloire ».

Selon l’article Wikipedia (19/08/2026) : “Le mot liturgie (du grec λειτουργία / leitourgía ; « le service du peuple ») désigne l’ensemble des rites, cérémonies et prières dédiés au culte d’une ou plusieurs divinités, tels qu’ils sont définis selon les règles éventuellement codifiées dans des textes sacrés ou une tradition. Ce terme s’applique le plus souvent à la religion chrétienne où il désigne un culte public et officiel institué par une Église.

Selon l’article Wikipedia (19/08/2026) : “Le terme anthropologie vient de deux mots grecs, anthrôpos, qui signifie « homme », et logos, qui signifie science, parole, discours. L’anthropologie constitue jusqu’au XIXe siècle une branche du savoir philosophique plaçant l’homme au centre de ses préoccupations mais, avec la naissance des « sciences sociales et humaines », le terme change de sens pour désigner essentiellement la nouvelle science. La démarche anthropologique « prend comme objet d’investigation des unités sociales de faible ampleur à partir desquelles elle tente d’élaborer une analyse de portée plus générale, appréhendant d’un certain point de vue la totalité de la société où ces unités s’insèrent ».
Cette dernière signification ne correspond pas à l’usage en langue française au début du 20° siècle : “Depuis les années 1950, les expressions anglaises « social anthropology » (en particulier britannique) et « cultural anthropology » (en particulier américaine) ont été assimilées par les chercheurs et tout le monde utilise le terme « anthropologie ».

Dans la continuité de l’héritage théologique et philosophique, et à rebours de l’autonomisation de l’anthropologie en tant que science sociale, le terme ‘anthropologie’ peut désigner également une branche de la théologie. C’est dans ce sens qu’on parle d’anthropologie chrétienne.

Chez Marcel Jousse, le terme anthropologie prend un sens spécifique, en décalage avec les usages mentionnés ci-dessus, ce qui peut être source de malentendus.

  1. Jousse se place dans la filiation d’une anthropologie en tant que science de la nature (l’anthropologie physique, étudiant les squelettes des hominidés), tout en proposant de l’élargir par l’adoption d’un nouvel objet d’étude : le geste, considéré comme une unité élémentaire de l’expression humaine (incluant le langage verbal mais sans s’y limiter). Avant d’adopter le terme “anthropologie du geste”, il a parlé aussi de “psychophysiologie du geste” et de “psychologie du langage”. Il distingue la portée universelle de phénomènes dits “anthropologiques” par rapport à des phénomènes dits “ethniques” (propres à un groupe humain donné). C’est dans cette perspective qu’il a parlé de “lois anthropologiques” : une expression qui n’a plus de sens du point de vue de l’anthropologie sociale et culturelle contemporaine. Car aujourd’hui, les mêmes sujets étudiés par Jousse tels que le langage, la mémoire, la perception ou l’apprentissage sont académiquement rattachés aux sciences cognitives, et non à l’anthropologie.
  2. Jousse dispose d’une importante culture théologique du fait de sa formation au séminaire à l’issue de laquelle il devient prêtre, puis d’un parcours de formation religieuse ultérieur qui le conduit à devenir Jésuite. En outre, sa passion précoce pour les Évangiles l’avait conduit à apprendre l’hébreu et l’araméen (en plus du grec et du latin faisant alors partie des études classiques). Toutefois, il n’est pas satisfait par les méthodes livresques d’étude des textes religieux, sur lesquelles se fondent la réflexion des exégètes et des théologiens. C’est pourquoi il préconise un approfondissement scientifique de la connaissance de la tradition biblique et évangélique, par le biais de sa “méthode anthropologique” – développée au fil d’un enseignement ayant “pour but de rechercher une liaison entre les disciplines psychologiques, ethnologiques et pédagogiques“.

L’enseignement de Jésus situé dans son milieu socio-historique et culturel de langue araméenne, a donc constitué un “terrain” privilégié orientant le développement des recherches anthropologiques de Jousse. Toutefois, ce dernier a toujours mis à distance dans son enseignement la démarche spéculative de ceux qu’il appelait les “métaphysiciens” et les “théologistes”. Il a revendiqué le primat d’une méthode basée sur l’observation rigoureuse des faits ; l’interprétation devant venir dans un second temps s’appuyer sur des faits établis. Ainsi, il invitait les théologiens à faire un pas de côté de façon à refonder leur travail sur la connaissance des lois structurant les gestes humains, tant au niveau anthropologique qu’ethnique.

C’est dans ce champ sémantique complexe et traversé de conflits que se situent les travaux cherchant à mettre en dialogue la discipline théologique contemporaine avec l’anthropologie joussienne.

Thomas Marshall, président de l’Association Marcel Jousse