Marcel Jousse

chercheur, anthropologue, pédagogue

Auteur : Administrateur du site (Page 1 of 7)

Les arts vivants de la transformation # 1 : à Paris du 16/10 au 5/11 2018

Muriel Roland s’est jointe à Fabrice Nicot, un chercheur croisant lui aussi théâtre et anthropologie (Paris 8 / université d’Haïti), pour mettre en œuvre un projet de recherches interculturelles et de création, pendant 2 ans, autour du thème des « arts vivants de la transformation ».

L’Association Marcel Jousse est partenaire de ce projet, soutenu par plusieurs institutions dont la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord.

Pour en savoir plus sur le projet

Une première série d’activités publiques a lieu à Paris, avec des chercheurs et des représentants des communautés du vaudou haïtien, invités par Fabrice Nicot.

Au delà des clichés, qu’est-ce que le vaudou ?

Un témoignage de Muriel Roland

Programme des activités au théâtre Le Vent se Lève

Le vaudou : une culture animiste souvent réduite à des caricatures

Voici quelques extraits intéressants de l’article publié sur Wikipédia :

« Le vaudou désigne donc l’ensemble des dieux ou des forces invisibles dont les hommes essaient de se concilier la puissance ou la bienveillance. Il est l’affirmation d’un monde surnaturel, mais aussi l’ensemble des procédures permettant d’entrer en relation avec celui-ci. »

« Le vaudou peut être décrit comme une culture, un héritage, une philosophie, un art, des danses, un langage, un art de la médecine, un style de musique, une justice, un pouvoir, une tradition orale et des rites. »

« La pratique de leur religion et culture était interdite par les colons, passible de mort ou d’emprisonnement, et se pratiquait par conséquent en secret. Le vaudou a cependant intégré les rites et conceptions catholiques, le rendant ainsi acceptable. Ainsi est né le « vaudou chrétien ». Dans les années 1950, le Vatican a fait la paix avec le culte vaudou. »

« Le vaudou vient d’Afrique de l’Ouest, mais on pratique aussi un vaudou partout où des esclaves africains ont été déportés. (…) À l’image des langues créoles parlées par les descendants d’esclaves à travers le monde, les vaudous des « nouveaux mondes » sont des mélanges entre différentes religions d’origines africaines (vaudou ou pas) et celles des sociétés esclavagistes.

La brutalité subie par les esclaves pour créer un climat constant « d’état de choc » chez les captifs est sans doute à l’origine de cette utilisation souvent de « terreur » et de vengeance du vaudou que l’on retrouve chez les pratiquants descendants d’esclaves, qui utilisèrent cette religion en réponse à des actes d’une cruauté difficilement concevable, commis par leurs maîtres européens.

Une stratégie de « terreur par le vaudou » utilisée contre les oppresseurs et transmise ensuite de génération en génération notamment chez les colons blancs, terreurs qui se sont finalement retrouvées dans les scénarios de films des studios hollywoodiens par exemple qui ont largement diffusé à grande échelle cette image négative et guerrière du vaudou. »

Témoignage de Muriel Roland (21/10/2018)

Après rencontre et travail avec les prêtresses vaudou et le tambourineur, je dois dire qu’on pourrait rajouter :

– Un énorme répertoire oral de chansons, récits, en plusieurs langues : créoles, mais aussi fons, yoruba – langues africaines qui perdurent dans le Vaudou

– Un énorme travail sur la mémoire et sa transformation

– Une énorme connaissance thérapeutique, quasi psychanalytique, à l’aide du chant, d’une sorte de « dramathérapie », de plantes, etc.

– Un énorme AMOUR et une COMPASSION incroyable, dont on se sent baignés lors du travail avec ces personnes. Les communautés vaudous sont d’ailleurs des familles, pas de sang, mais l’initiatrice est appelé Maman.

– Un travail sur le geste incarné qui va très loin, qui porte une connaissance du corps incroyablement savante, et qui rejoint beaucoup le travail sur les récitatifs, mais fait avec une admirable présence, un corps très bien placé. Des corps qui gestent et oralisent du matin au soir, comme ils respirent…

Enfin, c’est magnifique, c’est sublime, je suis conquise… Tout est geste dans cet art et cet art de vivre ! »

Les arts vivants de la « transformation » dans le monde

Un patrimoine culturel immatériel  à préserver
Afrique, Amérique Latine, Caraïbes, Inde, Chine, Europe…

L’Association Marcel Jousse est l’un des partenaires de ce projet de recherches et de création. En effet, pour Edgard Sienaert, la « transformation » est un thème central de l’anthropologie dynamique développée par Jousse. Et les traditions de « style global – oral » encore vivantes dans le monde peuvent être une importante source d’inspiration pour nous autres Occidentaux de « style écrit », culturellement dissociés entre ‘corps’ et ‘esprit’.

Résumé du projet

Ce projet s’intéresse aux arts vivants de la « transformation » selon l’expression employée par Dariusz Kociński, le théoricien de l’actuel Institut Grotowski de Wroclaw (Pologne), pour désigner un processus artistique visant moins l’effet produit sur le spectateur que la « transformation » de l’artiste durant son action.
Ce projet interroge par des enquêtes de terrain de plusieurs mois, voir de plusieurs années, selon la méthode de l’observateur participant, les traditions des arts vivants de la ‘Transformation’ du vaudou (Haïti et Bénin), des chants védiques (Inde) et de certains arts vivants chrétiens (Europe, Éthiopie).

Il est une continuation du programme ‘Sources et transformation‘ de l’Académie des Arts sacrés Andreï Tarkovski (parrainé par le fils du réalisateur russe), fondée et dirigée en 2014 puis 2015 par Fabrice Nicot à l’abbaye de Pontigny, ayant regroupé plusieurs centaines d’artistes et de chercheurs.

Il questionne les traditions, en tant que processus de transmission à travers des ateliers créatifs menés avec et par les communautés dans l’optique de créer des programmes endogènes de préservation, transmission et réactualisation des patrimoines intangibles des arts vivants de la ‘transformation’.

Il s’agit d’un projet collectif, fondé sur un réseau d’artistes et de chercheurs internationaux des arts de la transformation (Haïti, Amérique Latine, Inde, Afrique, Europe, etc.) qui a déjà fidélisé plusieurs institutions et mécènes (fondations, SCAC des ambassades de France, Instituts Français, Alliances françaises, UNESCO, Universités, sponsors et mécènes divers…)

Calendrier global

La première année de ce projet (2018-2019) est consacrée aux arts vivants de la ‘transformation’ du vaudou Haïtien.

Ces arts suscitent depuis longtemps l’intérêt des metteurs en scène et pédagogues de théâtre, en premier lieu Grotowski et ses héritiers. Cette tradition reste cependant très décriée dans son propre pays et n’intéresse souvent les artistes haïtiens qu’à travers des formes spectaculaires facilement commercialisables (folklore, concerts, pastiches de ‘rituels’ pour touristes). Souvent utilisé et détourné de son sens, la tradition des arts vivants du vaudou dépérit progressivement et les communautés peinent à faire entendre leurs voix.

L’année 2019-2020 sera consacrée à un élargissement de la recherche sur les arts vivants de la ‘transformation’ notamment à travers les chants védiques, l’Énergétique de tradition chinoise appliquée à la formation de l’acteur, ainsi qu’à un programme de revivification des arts de la ‘transformation’ en Europe (chants grégoriens, théâtre…).

L’équipe scientifique

Fabrice Nicot (France) : Responsable du projet. Doctorant et chargé de cours à l’université de Paris 8 (recherche théâtrale) et à l’Université d’État d’Haïti (anthropologie). Chercheur, enseignant, metteur en scène, comédien, critique d’art et producteur d’événements culturels.

Muriel Roland : Co responsable du projet. Doctorante en étude théâtrale et  chargée de cours à l’Université Paris 8, diplômée de l’École internationale de Mimodrame Marcel Marceau de Paris.

Georges Banu : Professeur à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, il est l’auteur de nombreux essais fondamentaux sur le théâtre.

Leszek Kolankiewicz : Professeur au Département de théâtre et de spectacles de l’Institut de culture polonaise de l’ Université de Varsovie

Jérôme Alexandre : Docteur en Lettres classiques (Paris X, sous la direction d’Yves-Marie Duval) et docteur en théologie de l’Institut catholique de Paris.

Thibault Honoré : Maître de conférences en Arts Plastiques (Université de Bretagne Occidentale)

Jean-François Favreau : Avec l’Institut Grotowski, il mène des études sur le chant de tradition orale, notamment en Corse, Sardaigne, Sicile, Arménie, Ukraine… et dirige un ensemble de dramaturgie-sonore à partir des chants des îles méditerranéennes, In medias res.

Sergeï Kovalevich (Russie) : Fondateur et directeur artistique du Théâtre Observatoire International. Chercheur en anthropologie théâtrale et réalisateur de documentaires anthropologiques.

Lina do Carmo : Chorégraphe, danseuse-mime, chercheuse. Docteure en Arts de scènes de l’Université de Bourgogne Franche-Comté.

Mercedes Chanquia Aguirre : Pianiste diplômée du Conservatoire National de Musique de Buenos Aires, danseuse, chorégraphe, comédienne et metteuse en scène.

Miléna Kartowski-Aïach : Chanteuse, auteure et metteure en scène. Elle a fondé la compagnie les Haïm, qui développe depuis plusieurs années des créations de théâtre anthropologique. Doctorante en anthropologie à l’université d’Aix-Marseille.

Publication d’un nouveau recueil de textes de Jousse en anglais

Memory, Memorization and Memorizer. The Galilean Oral-Style Tradition and Its Traditionists

est édité par Cascade Books (Eugene, Oregon, USA) dans la collection Biblical Performance Criticism.

Il s’agit d’une sélection de textes du Professeur Marcel Jousse composée, traduite et commentée par Edgard Sienaert.

L’ouvrage est préfacé par Werner H. Kelber, professeur honoraire en études du Nouveau Testament à Rice University (Texas, USA).

Traduction du titre : « Mémoire,  mémorisation, et mémoriseurs – La tradition galiléenne de Style oral et ses traditionneurs »

Extraits de la 4ème de couverture

« Cet ouvrage traite de la parole orale. Il traite des paroles prononcées au 1er siècle de notre ère, et mises par écrit beaucoup plus tard, dans des textes qui ne faisaient que confirmer ce qui avait été dit et fait. »

« Dans ses travaux, Jousse répond en fait à la question fondamentale qu’il se pose à lui-même :

Comment l’être humain a t-il réussi, au milieu de tout ce qui a agité l’univers pendant des centaines et des centaines d’années, à conserver la mémoire précise de mots et de gestes transmis fidèlement de génération en génération, comme s’ils avaient été enregistrés ?

Dans toutes les sociétés de tradition orale, la tradition c’est la mémoire.

Ceci est encore plus vrai s’agissant de la Galilée ancienne car elle a réussi à mettre au point un procédé de mémorisation jamais égalé depuis.

L’ouvrage d’Edgard Sienaert apporte un éclairage précis sur la manière dont les paroles et les gestes de Iéshoua ont été « enregistrés » si parfaitement dans les mémoires, tant à l’intérieur de la Palestine qu’à l’extérieur jusqu’à finalement parvenir jusqu’à nous qui pouvons ainsi nous nourrir d’une « tradition orale parfaitement transcrite par écrit ».

L’acheter

L’association dispose de plusieurs exemplaires de cet ouvrage, mis en vente lors de la rencontre du 11 novembre 2018.

Retrouver le contenu original en français

Memory, memorization and memorizers” contient, en trois parties:

  • Les Dernières dictées

Il s’agit de notes prises sous la dictée de Jousse par Gabriel Baron, peu avant sa mort. Ce texte a été édité par l’Association Marcel Jousse suite au travail d’Edgard Sienaert à partir de ces manuscrits.

  • Quatre cours donnés à l’école des Hautes-Études :

La psychologie du milieu ethnique palestinien: Notes sur la transmission orale formulaire. (HE 14/11/1933)

Les sunergoi-targoumistes accompagnateurs de Shaoul. (HE 23/02/1937)

L’envoi par écrit des catéchismes de Shaoul. (HE 02/03/1937)

Le mashal palestinien de l’olivier sauvage. (HE 25/05/1937)

Judâhen, Judéen, Judaïste dans le milieu ethnique palestinien. Paris : Geuthner, 1946.

Père, Fils et Paraclet dans le milieu ethnique palestinien. Paris : Geuthner, 1941.

La manducation de la leçon dans le milieu ethnique palestinien. Paris : Geuthner, 1950.

Les formules targoumiques du “Pater” dans le milieu ethnique palestinien. Paris : Geuthner, 1944.

11 novembre 2018 : Rencontre annuelle de l’Association

Dimanche 11 novembre / 92 bis Bd du Montparnasse – 75014 Paris

Au programme

– de 9h30 à 12h30 : Assemblée Générale

Le Bureau propose d’exprimer notre gratitude à des membres ayant contribué pendant de longues années à la vie de l’association en leur accordant la qualité de « membre d’honneur » prévue par les statuts.

Après la présentation et le vote des rapports annuels, nous partagerons sur les perspectives d’action future à travers :

  • la mise en place d’une organisation plus participative pour les membres,
  • et le renouvellement des membres du Bureau pour un mandat de 3 ans.

Une diversité des talents est nécessaire pour faire avancer l’association. Dans le respect des limites de chacun(e), collaborons les uns avec les autres, alors beaucoup de choses deviendront possibles…

Par exemple :

  • créer des outils de vulgarisation de l’anthropologie de Jousse pour des publics particuliers, par exemple les parents ;
  • lancer et animer un réseau social privé pour favoriser les liens entre les membres de l’association tout au long de l’année, par delà les distances ;
  • créer et alimenter un carnet des recherches contemporaines en anthropologie du geste et du rythme sur la plateforme Hypothèses

Écrivez-nous si vous souhaitez plus d’informations et pourquoi pas proposer votre contribution !

Envie de participer ?

– Repas

Sur inscription préalable, il sera possible d’avoir un repas sur place, pour 10 € par personne. Pour vous inscrire, merci de contacter Élisabeth d’Eudeville

  • par mèl : elisabeth.deudeville*[arobase]*gmail.com
  • ou par courrier, avec votre chèque à l’ordre de l’Association Marcel Jousse : E. d’Eudeville, 108 avenue Denfert-Rochereau, 75014 Paris

Il est aussi possible d’apporter son pique-nique ou encore d’aller manger dans le quartier.

– de 14h à 17h30 : Forum

En quoi la pensée de Jousse nous est-elle nécessaire aujourd’hui ?

Le monde a bien changé depuis 50 ans, lors de la création par Gabrielle Baron de l’association. Pour le Bureau de l’association, la pensée de Jousse n’est pas à conserver dans un musée pour le plaisir de quelques amateurs. Mais qu’avons-nous à dire à nos contemporains sur ce que cette pensée peut leur apporter en réponse aux défis de la vie actuelle ? Nous souhaitons centrer les échanges autour de ce questionnement important pour faire émerger une vision d’avenir commune. Des temps en petit groupe favoriseront l’expression de tous.

La méthode : inspirons-nous des pratiques de « classe inversée ».
L’idée est de profiter du temps ensemble pour dialoguer et se rencontrer, plutôt que d’écouter simplement quelques personnes parler (et d’en oublier 90 %…). Par conséquent, les personnes qui souhaitent avoir le temps pour transmettre leurs richesses sous une forme « professorale » sont invitées :

  • soit à écrire un texte qui sera diffusé aux participants avant / après la rencontre, et à se rendre disponible pour un temps de discussion ouverte sur le sujet ;
  • soit à prendre contact avec Thomas pour une interview audio ou vidéo, à distance. Ce contenu pourra, au choix, être rendu accessible publiquement (You Tube) ou bien avec un accès réservé pour les membres et sympathisants de l’association.

Une première vidéo sur You Tube

Une contribution de Pierre Perrier à propos de l’actualité de la pensée de Jousse dans le contexte de l’anthropologie ; de l’histoire culturelle et religieuse ; de la pédagogie (14 pages).

Et deux textes de Clara-Elisabeth Vasseur :

 

Qu’est-ce que le propre de l’Homme ?

Il a suffi d’orienter nos recherches vers la grande loi congénitale du mimisme pour qu’on s’aperçoive combien le mimisme humain est la faculté primordiale de l’homme. Ce n’est donc pas le langage – geste de la langue – qu’il va falloir étudier d’abord et dont il va falloir montrer la genèse, mais c’est le mimisme humain.

Pourquoi parlons-nous ? Je dirais que c’est normal, car lorsque nous redescendons au plus profond, nous voyons que nous mimons toutes choses, et que le langage oral n’est que le geste appauvri de la gesticulation globale.

Mais plus profonde question et non résolue encore est la suivante :
pourquoi l’enfant mime-t-il tout ? Pourquoi joue-t-il à tout ? Pourquoi a-t-il tant de mal à devenir le petit être empaillé que nous voulons faire de lui ? Pourquoi a-t-il trop et tant de mal, – et que même beaucoup ne peuvent pas y arriver, – à s’ajuster à ces algébrisations que nous lui imposons ? Pourquoi allons-nous trouver le geste qui toujours et partout reparaît ? Pourquoi les liturgies, pourquoi les traditions ? Pourquoi toutes ces fêtes où le geste joue le plus grand rôle ? Pourquoi les drapeaux ? Pourquoi ces décorations avec l’épée qui vient se poser sur l’épaule ? Pourquoi tous ces gestes sociaux ? Pourquoi cette politesse ? Pourquoi ces saluts ? Pourquoi enfin d’un bout du monde à l’autre le geste apparaît-il comme moyen d’intercommunication ?

C’est là le vrai problème et je n’ai pas eu la naïve prétention, l’an dernier, de vous le résoudre, mais vous voyez que c’est là, la grande loi humaine. « L’homme est le plus mimeur de tous les animaux. » Voilà le problème. Aristote l’avait déjà proposé et il faudra un jour que quelqu’un le résolve. Nous n’avons pu jusqu’ici en connaître la raison.

Extrait du cours du Professeur Marcel Jousse à l’École d’Anthropologie, le 6 novembre 1933.

Cet extrait est repris et commenté par Edgard Sienaert dans l’article « Le geste doit précéder la parole. De l’anthropologie du mimisme de Marcel Jousse » qu’il a publié dans la revue Degrés, n°171-172, automne-hiver 2017, Bruxelles.

Cet article est issu de l’intervention qui est visible en vidéo via cette page.

Jousse propose une méthodologie, pas des théories

S’approcher de l’anthropologie proposée par Jousse suppose de sortir de la posture habituelle du lecteur-élève face à l’auteur-théoricien. Ce n’est pas un auteur (de livres), c’est d’abord un enseignant * (de gestes). Il n’hésite pas dans ses cours à interpeller ses auditeurs, voire à se montrer provocateur, afin de secouer les habitudes de conformisme intellectuel.

* enseignant, au sens figuré et au sens propre : montrer (comme le fait l’enseigne d’un magasin)

Voici quelques orientations méthodologiques se dégageant de façon récurrente parmi ses cours.

1. Jousse ne veut pas de disciples : soyez vous-mêmes !

  • Seul Jousse peut vraiment comprendre Jousse
  • L’autorité de l’expérience personnelle
  • Prendre conscience de soi-même
  • Pas de disciples, mais des collaborateurs
  • Le professeur qui ne veut pas que vous pensiez comme lui
  • Un professeur qui veut être dépassé par ses élèves

2. Les choses avant les mots : revenir au réel

  • Se mettre en face des choses
  • Observer les faits
  • Vérifier les lois
  • Donner du réel, quoi qu’on en dise
  • Prendre conscience du réel, d’une façon vivante et d’une façon anthropologique

3. Désinfecter le vocabulaire, se défaire des fausses méthodes

  • La méthode de Pasteur pour étudier et manier le vivant
  • Se dégager des vieilles formules
  • Les fausses méthodes et les pseudo-problèmes : introduction au cours du 23 octobre 1940 à l’école des Hautes-Études
Le jour où vous me direz que vous êtes mes disciples, je considérerais cela comme une abdication de vous-mêmes, je veux que vous soyez les disciples du réel. Si je ne suis pas qu’un montreur de réel et si je m’impose à vous au lieu de réel, je ne serai qu’un déformateur et non pas le formateur comme je voudrais l’être ici.

Télécharger la compilation d’extraits de cours

Jouer et rejouer les sons de la nature

Nos yeux, oserais-je dire, nous rendent muet l’univers. Aveuglés par nos yeux, nous ne faisons plus attention au son des choses.

Si vous voulez vous en rendre compte, il y a une expérience très simple que vous pourrez faire pendant les vacances. Prenez un ami, curieux comme vous des choses psychologiques, bandez-vous les yeux, et demandez-lui qu’il vous conduise en forêt. Vous aurez là toute une révélation du monde sonore de la forêt. Vous n’avez jamais entendu ce que vous entendrez ce jour-là. C’est que votre regard vous disperse en temps ordinaire, vous regardez les choses, mais vous ne les écoutez pas.

Écoutez ! vous allez entendre votre pas qui donne un certain son sur les feuilles desséchées, sur les feuilles mortes, vous allez entendre le bruit que fait une branche qui se casse quand le bois est d’une telle espèce, le bruit que fait votre passage sur des feuilles de coudrier, qui sont à l’état de velours, le bruit que fait votre ami quand il passera sur des feuilles de chêne qui sont lisses et dures. Vous aurez là une immense révélation du bruit des choses.

Extrait du cours du Professeur Marcel Jousse à la Sorbonne le 26 janvier 1933 : « Le rejeu des gestes auriculaires »

Cette proposition d’expérience peut vous sembler amusante mais anodine. L’émission de radio ci-dessous montre que l’attention auditive à la nature peut devenir une passion très riche et même se transformer en activités professionnelles surprenantes.

A l’écoute des bruissements du monde et des chanteurs d’oiseaux

(émission « Le Temps d’un Bivouac » diffusée sur France Inter vendredi 6 juillet 2018)

Daniel Fiévet reçoit :

  • partie 1 : Boris Jollivet, audio-naturaliste
  • partie 2 (29’15) : Johnny Rasse et Jean Boucault, comédiens, imitateurs de chants d’oiseaux

Le changement humain, un geste après l’autre – Pierre Février

A l’invitation de l’Association Marcel Jousse, Pierre Février propose un atelier samedi 10 novembre 2018 à Paris.

Docteur en sciences, ingénieur chez Michelin, il est tombé sur l’ouvrage d’Edgard Sienaert « Au commencement était le mimisme » et cela a été pour lui une révélation (lire son témoignage publié sur le site). Ses recherches originales dans le domaine de la formation professionnelle et du développement personnel nous ont donné envie de l’inviter. Il nous fera expérimenter un processus issu de techniques théâtrales pour concrétiser nos intentions dans de nouvelles manières d’être et de faire.

L’atelier

Qui aurait l’idée d’offrir aux enfants pour Noël un livre pour leur apprendre à faire du vélo ? Alors que le fonctionnement d’une bicyclette suppose la maîtrise de phénomènes physiques complexes, on trouve tout naturel de l’apprendre avec son corps.

Mais lorsqu’un adulte veut apprendre comment être plus heureux dans sa vie, il achète des livres de développement personnel… Le constat que j’ai pu faire est que la lecture, même approfondie, de tels livres n’a pas eu beaucoup d’effet sur moi et sur mes comportements. De même, j’ai appris à être manager mais avec du recul c’est surtout en observant les autres manager et en me frottant au réel que j’ai appris à manager. Ce qui m’a conduit à explorer d’autres voies et sur ce chemin l’apport de l’anthropologie du Geste de Marcel Jousse a été déterminant.

Par des jeux corporels, nous ferons l’expérience de ses principes fondamentaux. Puis nous expérimenterons un processus pour l’incorporation de savoir-être, basé sur des techniques théâtrales. Le thème proposé pour l’atelier est celui du pardon.

Infos pratiques

Lieu :   92 bis Bd du Montparnasse – 75014 Paris

Repas possible sur place à partir de 12h avec d’autres participants, sur inscription préalable, pour 10 € par personne.

Pour vous inscrire, merci de contacter Élisabeth d’Eudeville

  • par mèl : elisabeth.deudeville*[arobase]*gmail.com
  • ou par courrier, avec votre chèque à l’ordre de l’Association Marcel Jousse, E. d’Eudeville, 108 avenue Denfert-Rochereau, 75014 Paris

Il est aussi possible d’apporter son pique-nique.

Atelier :  de 14h à 18h, ouvert à tous. Merci de vous inscrire par le formulaire ci-dessous afin de faciliter l’organisation.

Participation :

  • participation libre aux frais d’organisation
  • gratuit pour les adhérents de l’association

Afin de faciliter l'organisation, nous vous remercions de vous pré-inscrire à l'aide du formulaire ci-dessous.

Vos coordonnées resteront confidentielles.

Pierre Février

J’ai un diplôme d’ingénieur et un doctorat dans la spécialité dynamique des fluides. Après un post-doctorat aux États-Unis, j’ai rejoint le groupe Michelin en Recherche et Développement. J’ai travaillé pendant 9 ans dans le domaine de la recherche sur les problématiques d’adhérences, de sécurité routière et de comportement des véhicules, en tant que chercheur puis manager d’équipe. Puis j’ai été chef projet et manager pendant 7 ans dans la conception des pneumatiques tourisme. Depuis 2018, je travaille dans le service ressources humaines.

En parallèle, j’ai une pratique régulière du théâtre en tant qu’amateur dans une troupe depuis 15 ans.

L’article :

Les participants recevront sous forme d’une brochure un très bel article de 22 pages dans lequel Pierre Février présente ses recherches. Ainsi, nous pourrons consacrer l’essentiel du temps à l’expérimentation et aux échanges… suivant l’invitation de Marcel Jousse à nous plonger dans des « laboratoires de prise de conscience ».

Résumé

Lorsqu’il s’agit de se développer et d’acquérir de nouveaux savoir-faire ou savoir être, que ce soit à titre personnel ou professionnel, nous avons habituellement recours au savoir : livres en développement personnel, formations en entreprise, sont principalement basés sur des approches discursives. Mais plus l’individu pousse l’abstraction, plus il développe la connaissance intellectuelle et moins il est capable de mettre cet enseignement en geste. On retrouve là une des problématiques des comédiens qui veulent travailler un personnage : plus vous poussez la connaissance intellectuelle d’un personnage, moins vous avez de facilité à le jouer (M. Chekhov). Il nous faut donc changer de paradigme : l’acte doit précéder la pensée, et une habitude doit précéder la capacité de susciter la pensée à volonté (Dewey). Il s’agit d’opérer une inversion par rapport à la psychologie ordinaire d’une pensée qui dirigerait le geste. C’est parce que l’on a incorporé les gestes en nous, que nous pouvons les convoquer par la pensée. Et c’est parce que ces gestes sont devenus de nouvelles habitudes qu’ils peuvent être convoqués à volonté.

Devenir un homme libre, cela pourrait vouloir dire être dans la conduite et la conscience de ses gestes sans entrave extérieure, ni intérieure. La vraie liberté de la volonté implique de dégager celle-ci des attaches qui lient la spontanéité à l’habitude irréfléchie, de façon à pouvoir accomplir avec son corps les actions que l’on veut vraiment faire. Cette liberté n’est pas un don inné mais une compétence acquise (Dewey [1]). Pour qu’il y ait changement dans nos comportements, nous postulerons qu’il faut que ce changement se fasse dans le champ des habitudes. Comme le propose Alexander [1], il s’agit de remplacer les habitudes ‘inefficaces’ et ‘inintelligentes’ par de nouvelles habitudes positives ‘intelligentes’ et qui demeurent en permanence accessibles à un contrôle conscient. Ce travail est au cœur de la formule de Marcel Jousse : Il ne faut pas que le formulisme nous domine, il faut que nous utilisions le formulisme [2].

En puisant dans l’Anthropologie du Geste de Marcel Jousse et en faisant un parallèle avec les pratiques des comédiens, cet article vise à identifier des idées forces pour orienter un travail de recherche sur la reconstruction des gestes et des habitudes. Une des propositions est qu’il y a une gestualité de la cognition [3], un lien étroit entre la vie intérieure et l’expression extérieure, ce qui nous donne en perspective la possibilité d’étendre les « techniques du corps » aux techniques « corps-esprit » [4]. A l’instar des comédiens, nous pourrions travailler nos gestes de « l’extérieur » vers « l’intérieur », c’est-à-dire travailler des gestes propositionnels de manière ample pour façonner notre vie intérieure et les répéter jusqu’à former de nouvelles habitudes.

Quelques références :

[1] Shusterman Richard. Conscience du corps. Pour une soma-esthétique, 2007

[2] Sienaert Edgard. Au commencement était le mimisme. Essai de lecture globale des cours de Marcel Jousse. Association Marcel Jousse, 2014

[3] Olivier G. La cognition gestuelle. Ou de l’écho à l’égo. Presses universitaires de Grenoble, 2012

[4] Candau Joël, Gaucher Charles, Halloy Arnaud. « Geste et culture : état des lieux ». Anthropologie et sociétés, vol 36, N°3, 2012

D’un passage par le laboratoire de prise de conscience : Edgard Sienaert

Dans cette intervention au colloque « L’homme est mémoire » à Bordeaux (2014), Edgard Sienaert se livre à travers une sorte de biographie anthropologique, suivant l’invitation de Jousse à pratiquer le « laboratoire de prise de conscience ».

Suite à une introduction basée sur des citations de cours de Jousse, Edgard Sienaert retrace chronologiquement quelques unes de ses expériences significatives face aux langues et aux cultures, de son enfance en Belgique, jusqu’à l’Afrique du Sud et au Lesotho où il vit aujourd’hui.

Il les relie au mimisme humain décrit par Jousse, fondement d’une triple cohérence de l’humain avec lui-même, avec le cosmos, et des hommes entre eux… qui peut être menacée :

  • par le psychisme : séparation factice de l’humain entre corps et esprit ;
  • par l’algébrosisme : perte de contact du langage oral et écrit avec le monde ;
  • et par le racisme : perte de l’appartenance commune entre les hommes.

Il faut attendre un peu le chargement de la vidéo avant de pouvoir la visionner. Un lecteur Adobe Flash est nécessaire.

Si rien ne s’affiche ci-dessus, allez la voir directement depuis le site de l’Université Bordeaux Montaigne et essayez de cliquer sur LD en bas à droite (basse définition) au lieu de HD (haute définition).

Jean-Rémi Lapaire : un linguiste qui rejoint l’anthropologie du geste

Jean-Rémi Lapaire étudie et enseigne la linguistique anglaise et les études gestuelles à l’Université de Bordeaux.

Dans cette intervention au colloque « L’homme est mémoire » (2014), il nous présente différents exemples de gestes présents dans l’expression corporelle spontanée que nous avons lorsque nous communiquons avec autrui. Il retrace également les apports à ses recherches d’auteurs n’ayant pas connu les travaux de Jousse tels que Birdwhistel, Goffman, Malinowski. Il présente enfin ce qu’il retire de la pensée de Jousse dans sa pratique d’enseignant de l’anglais, en lien avec les travaux de James Asher, du phonéticien Dennis Fry, et de Kendon.

La vidéo sur le site de l’Université Bordeaux Montaigne

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