A l’invitation de l’Association Marcel Jousse, Pierre Février propose une présentation et un atelier samedi 10 novembre 2018 à Paris.

Les participants recevront sous forme d’une brochure un très bel article de 22 pages dans lequel il présente ses recherches. Ainsi, nous pourrons consacrer davantage de temps à l’expérimentation et aux échanges… suivant l’invitation de Marcel Jousse à nous plonger dans des « laboratoires de prise de conscience ».

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Pierre Février

J’ai un diplôme d’ingénieur et un doctorat dans la spécialité dynamique des fluides. Après un post-doctorat aux États-Unis, j’ai rejoint le groupe Michelin en Recherche et Développement. J’ai travaillé pendant 9 ans dans le domaine de la recherche sur les problématiques d’adhérences, de sécurité routière et de comportement des véhicules, en tant que chercheur puis manager d’équipe. Puis j’ai été chef projet et manager pendant 7 ans dans la conception des pneumatiques tourisme. Depuis 2018, je travaille dans le service ressources humaines.

En parallèle, j’ai une pratique régulière du théâtre en tant qu’amateur dans une troupe depuis 15 ans.

Résumé de l’article :

Lorsqu’il s’agit de se développer et d’acquérir de nouveaux savoir-faire ou savoir être, que ce soit à titre personnel ou professionnel, nous avons habituellement recours au savoir : livres en développement personnel, formations en entreprise, sont principalement basés sur des approches discursives. Mais plus l’individu pousse l’abstraction, plus il développe la connaissance intellectuelle et moins il est capable de mettre cet enseignement en geste. On retrouve là une des problématiques des comédiens qui veulent travailler un personnage : plus vous poussez la connaissance intellectuelle d’un personnage, moins vous avez de facilité à le jouer (M. Chekhov). Il nous faut donc changer de paradigme : l’acte doit précéder la pensée, et une habitude doit précéder la capacité de susciter la pensée à volonté (Dewey). Il s’agit d’opérer une inversion par rapport à la psychologie ordinaire d’une pensée qui dirigerait le geste. C’est parce que l’on a incorporé les gestes en nous, que nous pouvons les convoquer par la pensée. Et c’est parce que ces gestes sont devenus de nouvelles habitudes qu’ils peuvent être convoqués à volonté.

Devenir un homme libre, cela pourrait vouloir dire être dans la conduite et la conscience de ses gestes sans entrave extérieure, ni intérieure. La vraie liberté de la volonté implique de dégager celle-ci des attaches qui lient la spontanéité à l’habitude irréfléchie, de façon à pouvoir accomplir avec son corps les actions que l’on veut vraiment faire. Cette liberté n’est pas un don inné mais une compétence acquise (Dewey [1]). Pour qu’il y ait changement dans nos comportements, nous postulerons qu’il faut que ce changement se fasse dans le champ des habitudes. Comme le propose Alexander [1], il s’agit de remplacer les habitudes ‘inefficaces’ et ‘inintelligentes’ par de nouvelles habitudes positives ‘intelligentes’ et qui demeurent en permanence accessibles à un contrôle conscient. Ce travail est au cœur de la formule de Marcel Jousse : Il ne faut pas que le formulisme nous domine, il faut que nous utilisions le formulisme [2].

En puisant dans l’Anthropologie du Geste de Marcel Jousse et en faisant un parallèle avec les pratiques des comédiens, cet article vise à identifier des idées forces pour orienter un travail de recherche sur la reconstruction des gestes et des habitudes. Une des propositions est qu’il y a une gestualité de la cognition [3], un lien étroit entre la vie intérieure et l’expression extérieure, ce qui nous donne en perspective la possibilité d’étendre les « techniques du corps » aux techniques « corps-esprit » [4]. A l’instar des comédiens, nous pourrions travailler nos gestes de « l’extérieur » vers « l’intérieur », c’est-à-dire travailler des gestes propositionnels de manière ample pour façonner notre vie intérieure et les répéter jusqu’à former de nouvelles habitudes.

Quelques références :

[1] Shusterman Richard. Conscience du corps. Pour une soma-esthétique, 2007

[2] Sienaert Edgard. Au commencement était le mimisme. Essai de lecture globale des cours de Marcel Jousse. Association Marcel Jousse, 2014

[3] Olivier G. La cognition gestuelle. Ou de l’écho à l’égo. Presses universitaires de Grenoble, 2012

[4] Candau Joël, Gaucher Charles, Halloy Arnaud. « Geste et culture : état des lieux ». Anthropologie et sociétés, vol 36, N°3, 2012

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