Marcel Jousse

chercheur, anthropologue, pédagogue

Psychologie de l’enseignement : Le contact avec l’auditeur individuel

 

Nous partageons ici la transcription du cours de Marcel Jousse à la Sorbonne, le 23 janvier 1936. C’est un cours émouvant et passionnant dans lequel il s’analyse lui-même en tant que professeur s’efforçant d’être réellement en relation avec son auditoire.

Il fait partie de la 6ème année de son enseignement libre à la Sorbonne, qui a pour thème général :

La Psychologie du Geste et la Psychologie de l’Enseignement

Les titres des cours précédents sont :

  1.  Mimisme humain et Psychologie de l’Enseignement
  2.  Le Sens des Mots et l’Expression individuelle
  3.  L’Action des Mots et la Déformation individuelle
  4.  L’Illusion de la « Communication » des Idées
  5.  La Sympathie intellectuelle de l’Auditeur

Télécharger le cours intégral

L’introduction :         De l’Auditeur collectif à l’Auditeur individuel

En préparant l’introduction à cette conférence, je n’ai pu m’empêcher de me souvenir de la première conférence que nous avons eue ici, il y a six ans, je me souviens que le long des grands vestibules de la Sorbonne, je ressentais une certaine émotion parce qu’aussi sûr soit-on du sujet qu’on doit enseigner, il y a un contact qui est toujours redoutable : c’est ce que nous avons appelé le contact collectif avec l’Auditeur.

C’est la première fois que l’homme se présente devant une Assemblée de professeurs et d’étudiants. Pendant les premières phrases qui doivent toujours constituer l’entrée en matière d’une leçon bien ordonnée, on voit en face de soi un peu ce qu’on aperçoit certains matins, lorsque, sur le haut d’une colline, on essaie de distinguer le paysage qui vous entoure. Il a une sorte de brouillard très fin, très délicat, irradiant la sympathie sans doute, mais du brouillard tout de même.

Et c’est un peu cela que vous avez senti, que nous avons tous senti (puisqu’ici, nous sommes presque tous des professeurs), c’est cela que nous tous senti en face de cet étrange assemblage de pensées humaines.

Rien n’est distinct. Quelles sont les lignes qui vont se dessiner dans ce paysage humain ? Nous n’en savons encore rien. Des nuances, sans doute, certaines ombres qui s’accentuent un peu, mais c’est tout.

Et puis, de cinq minutes en cinq minutes, de six minutes en dix minutes, ce brouillard bleu se fond, et nous voyons apparaître les contours des choses. Et quelquefois, tout se résout dans une grande limpidité du paysage environnant.

Depuis six ans que nous sommes ici, je pourrais dire que ce beau paysage d’un auditoire sympathique m’est apparu avec un tempo plus lent que pour cette sorte de limpidité de l’atmosphère qui enveloppe le paysage car les hommes sont beaucoup plus lents que les choses. On ne force pas l’entrée d’un être humain comme on déchire un brouillard physique.

C’est sur ce grand problème de la déchirure collective pour arriver à ce cœur à cœur (j’allais dire à cette « pensée à pensée »), que nous voudrions aujourd’hui faire porter notre analyse psychologique.

C’est un sujet très délicat. Je vous avoue que toute la journée j’y ai pensé avec une certaine angoisse. D’ordinaire, un sujet ne me fait pas peur. Soit en psychologie normale, soit en psychologie enfantine, soit en psychologie psychiatrique, je commence à sentir que mes doigts se sont un peu assouplis à cette extraordinaire souplesse des choses vivantes.

Et cependant aujourd’hui, je sens que le sujet est d’une délicatesse exquise, parce que là, nous n’allons plus avoir affaire à une collectivité mais à une individualité.

En quoi la pensée de Jousse nous est-elle nécessaire aujourd’hui ?

Muriel Roland a proposé que cette question serve de fil rouge pour les 50 ans de l’Association Marcel Jousse. A notre demande, elle s’est lancée pour offrir une première contribution sur cette question.

Nous souhaitons faire redécouvrir la pensée anthropologique de Jousse dans toute sa richesse, et mettre en lumière comment elle reste une puissante source d’inspiration pour de nombreuses personnes dans des domaines de pratique et de réflexion très variés.

L’intention est de susciter la curiosité, le questionnement, et le dialogue.

Vous pouvez vous abonner à notre chaîne You Tube, y partager vos commentaires (avec un compte utilisateur, à créer avec l’adresse courriel de votre choix).

Vous souhaitez vous aussi être interviewé(e) ? (c’est possible à distance, via un ordinateur équipé d’une webcam)

N’hésitez pas à prendre contact avec Thomas !

Ressources complémentaires :

 

Les cours de Marcel Jousse disponibles en téléchargement

En tant que président de l’Association Marcel Jousse, je suis heureux de vous présenter la toute dernière version de ce corpus de textes d’une grande richesse.

Dans l’intention de diffuser davantage la pensée vivante de Marcel Jousse, l’association a voulu faciliter le travail des chercheurs et des praticiens en France et dans le monde entier, et ceci de plusieurs manières :

  • ­d’abord en demandant à une société spécialisée d’effectuer une correction des textes issus de la numérisation, disponible depuis 2003 ;

  • ensuite en choisissant de placer l’ensemble de ces textes sous une licence Creative Commons, permettant d’en favoriser l’utilisation et la circulation dans un cadre juridique adapté ;

  • enfin, en les rendant accessibles au téléchargement depuis le site de l’association.

Nous mettons à votre disposition un guide pour vous aider à explorer ces cours, qui restent une source d’inspiration vivifiante pour le présent.

Edgard Sienaert

Chercheur honoraire de l’Université de Bloemfountain, Afrique du Sud

Téléchargez les cours de Jousse !

L’Association Marcel Jousse diffuse via internet les 20 000 pages des transcriptions de cours de Jousse !
Nous avons décidé de favoriser leur utilisation et leur large diffusion dans le monde par le biais d’une licence Creative Commons.

Vous pourrez télécharger un dossier contenant tous les cours, dans 2 formats :
  • Au format pdf, vous avez sous les yeux une version scannée de chaque cours de Jousse, dans sa transcription originale.
  • Au format doc, vous disposez d’une version texte reproduisant l’original avec une fiabilité de 99,9 %. Votre lecture et votre travail seront ainsi facilités.
Cette seconde version a été réalisée à notre demande en 2017 par une société spécialisée.
Nous vous remercions pour votre contribution financière qui permettra à l’association de financer de nouvelles actions !
Nous vous tiendrons informés de futures nouveautés relatives aux cours de Jousse.

Merci de nous contacter à l’adresse webmaster [arobase] marceljousse.com :

  • si vous rencontrez des difficultés techniques lors de votre inscription,
  • si vous vivez dans un pays ayant un fort écart de niveau de vie avec la zone euro.

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Il est possible de payer :

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Les conférences de Jousse qui n’ont pas été transcrites

Entre la publication du Style Oral (1925) et le début de ses cours réguliers à la Sorbonne, à l’Ecole d’Anthropologie :

1927 : 3 conférences à l’Institut Biblique Pontifical, à Rome

1930 : 3 conférences à l’Université catholique de Louvain, Institut Supérieur de Philosophie

1 conférence donnée à l’Instituut Voor Opvoedkunde, St Lucasschool, à Gent

1931 : 3 conférences données au Foyer international des étudiants catholiques, à Paris

1931 : 1 conférence donnée à la salle de la Société de Géographie, à Paris

1932 : 3 conférences données à l’Institut international d’Anthropologie, à Paris

 

Il est aussi sollicité par des théologiens :

1937 : 1 conférence donnée à la Faculté libre de théologie protestante, à Paris

Entre 1934 et 1937, 3 cycles de leçons données à la Faculté de Philosophie de Jersey (lieu de formation des Jésuites)

 

> Le catalogue des conférences et leçons de Marcel Jousse qui n’ont pas été transcrites.

Jousse selon le TIME Magazine le 6 Novembre 1939

Rythmocatéchiste

Au sein de la Compagnie de Jésus, ces défenseurs militants de l’orthodoxie catholique romaine, un jésuite français nommé Marcel Jousse a longtemps été un « enfant terrible ». Ancien capitaine d’artillerie qui a commencé à étudier dans cet ordre religieux après la Première Guerre mondiale, le père Jousse, âgé de cinquante ans, avec des cheveux blancs, a inventé et enseigne aujourd’hui ce qu’il appelle le Rhythmocatéchisme, ou prêcher avec des gestes.

Sa théorie a commencé à prendre forme quand il a remarqué une distinction entre le mimétisme des humains et celui des singes : les enfants peuvent imiter des actions telles que le rasage et le tir sans utiliser de rasoirs ou d’armes à feu ; mais les singes ne le peuvent pas, ou ne le font pas. Le père Jousse est convaincu que mimer et faire des gestes a existé avant d’écrire ; les hiéroglyphes, croyait-il, n’étaient pas des idéogrammes, mais des mimogrammes, des représentations de gestes significatifs.

De ses recherches, le Père Jousse a conclu qu’il était possible de reconstruire non seulement ce que Jésus disait, mais aussi comment il le disait, à partir de textes en araméen – langue que beaucoup croient que Jésus parlait, et que le Père Jousse considère admirablement apte à exprimer des gestes éloquents. Pour d’autres jésuites, ses théories sentaient l’hérésie. Mais le père Jousse se défendit lui-même d’être hors de cause, et convainquit même feu le pape Pie XI, dans une interview personnelle dont les paroles et les gestes ne furent pas rapportés, qu’il était foncièrement orthodoxe.

Malgré la guerre, à Paris, la semaine dernière, le père Jousse se préparait à reprendre à la Sorbonne son cours de rythmocatéchisme. Son titre : Les Rhythmes Formulaires de l’Apocalypse d’Ezdras et le Style Oral Palestinien. La première disciple du père Jousse, sa fidèle amie et collaboratrice, est une minuscule vieille fille aux cheveux blancs, du nom de Mlle Gabrielle Desgrées du Lou. Cette dame, qui doit s’inscrire en tant qu’étudiante pour entrer à la Sorbonne, fait pour le père Jousse les gestes à la tribune, en chantant, par exemple, la parabole de Jésus des maisons construites sur le sable et sur le roc. Mlle Desgrées du Lou tourne les yeux, agite les bras, se tord et se balance comme une danseuse de ballet. Quand le père Jousse donne des conférences, 200 personnes regardent, les yeux grands ouverts : des médecins, des spiritualistes, des philologues, des étudiants de ballet, des poètes (parmi eux Paul Valéry) — et deux théologiens jésuites, en oiseaux de proie guettant les hérésies.

Marcel Jousse : The Oral Style and the Anthropology of Gesture

Edgard Sienaert a publié un article en anglais sous ce titre dans la revue Oral Tradition, 5/1 (1990).

Il inclut une large bibliographie des travaux de et à propos de Marcel Jousse.

Lire l’article

A propos de l’influence de Marcel Jousse sur le travail de Ivan Illich

Rencontre annuelle de l’association les 11 et 12 novembre 2017

L’association Marcel Jousse vous propose cette année :

Samedi 11 novembre

de 14h à 17h – une conférence-atelier de mime avec Muriel Roland : « L’Ostention de l’intention dans le geste »

Muriel Roland est comédienne et metteuse en scène, formée à l’école de mimodrame Marcel Marceau. Elle travaille dans le cadre de la compagnie SourouS. Elle mène également un travail de recherche dans le cadre d’un doctorat en études théâtrales à l’université Paris 8.

Dimanche 12 novembre

– de 9h30 à 11h30 : Assemblée Générale de l’association

Vous pouvez adhérer à l’association.

– de 11h30 à 12h30 : « Le cinéma comme geste. La perspective joussienne sur l’image en mouvement »
par Barbara Grespi

Maître de conférences en études cinématographiques et visuelles à l’Université de Bergame, Italie, elle appartient à “Punctum”, un centre de recherche consacré à l’étude de la culture visuelle. Elle a écrit sur le thème du geste entre cinéma et photographie, sur le rapport entre cinéma et mémoire et sur les théories du montage. Elle appartient depuis 2007 au comité de sélection du Festival du film de Turin.

– de 14h à 17h : Diverses interventions des membres, échanges

Si vous souhaitez avoir un temps dans l’après-midi, merci d’envoyer un message avec le sujet et le temps souhaité, à :
association /arobase/ marceljousse.com

Jousse Philosophe, Dialogue avec Bergson, enjeux d’une thèse en histoire de la philosophie – par Clara Vasseur

Lieu : 92 bis Bd du Montparnasse – 75014 Paris

Retour en vidéo sur Geste’Stations (2016)

Geste’Stations – Les saisons du geste en scène – Opus 1
Journée d’étude autour de Marcel Jousse en compagnie d’Edgard Sienaert :
Rejouer les gestes de l’Univers

Edgard Sienaert entouré d’une vingtaine d’artistes-chercheurs qui ont proposé de multiples échos, au travers de courtes performances artistiques, démonstrations, mini-ateliers, chansons…

Cette journée du 28 mai 2016 a été filmée et un montage a été réalisé en deux vidéos :

  • la première rassemble des extraits des interventions artistiques et pédagogiques (durée 1h08)
  • la seconde rassemble les communications d’Edgard Sienaert faites tout au long de la journée, ponctuées d’extraits de cours de Marcel Jousse lus par Gérard Rouzier  (durée 55 minutes)

C’est là : http://www-artweb.univ-paris8.fr/?Geste-Stations-Les-saisons-du

Les  intervenantes et intervenants :

Jean-Michel Daganaud, comédien, metteur en scène, professeur de placement du corps et de la voix
Lina Do Carmo, chorégraphe, danseuse-mime, doctorante
Régine Géraud, mime, comédienne, coach, performer
Marcos Malavia, acteur, metteur en scène
Géraldine Moreau, mime, médiatrice culturelle
Frédéric Pagès, chanteur, comédien, pédagogue
Marie Potapushkina-Delfosse, professeure des écoles, docteure en sciences du langage
Muriel Roland, actrice, metteuse en scène, doctorante
Gérard Rouzier, comédien
Elena Serra, pédagogue, metteuse en scène et comédienne
Laurence de Sève, chanteuse
David Sire, chanteur
Érico José Souza de Oliveira, metteur en scène, chercheur
Alain d’Ursel, kinésithérapeute
Nadia Vadori-Gauthier, artiste de performance, praticienne somatique, docteure en esthétique, EDESTA, EA 1573, Paris 8
Clara-Elisabeth Vasseur, philosophe
Olivier Viaud, danseur
Claire Willemann, plasticienne

Suite à cette journée, Edgard Sienaert a publié un article intitulé « Le geste doit précéder la parole. De l’anthropologie du mimisme de Marcel Jousse » dans la revue Degrés (Bruxelles). Il s’agit du n°171-172, automne-hiver 2017 de cette revue de sémiologie, sur le thème « L’interdisciplinarité entre recherche et création ».

On y trouve aussi un article de Nadia Vadori-Gauthier . A découvrir, la présentation de son projet « Une minute de danse par jour » sur You Tube et sur son propre site.

Merci à Muriel Roland (Compagnie SourouS / Université Paris 8) d’avoir initié et coordonné ce projet jusqu’à cette belle restitution.

2 pièces de théâtre à découvrir dimanche 12 mars à Ivry

Vivant dans un monde où l’expérience, l’art, la recherche scientifique se sont isolés les uns des autres, les décisions des politiques urbaines, sociales, culturelles, écologiques, de santé sont prises par des experts, des professionnels de façon détachée de l’expérience vécue de ceux qui sont les « bénéficiaires » de leurs programmes. C’est ainsi que de nombreux dispositifs, pourtant pleins de bonnes intentions, s’avèrent souvent contre-productifs, voir néfastes pour leurs « bénéficiaires ».  Il nous paraît fondamental que les acteurs, c’est-à-dire les personnes ayant l’expérience de ce qu’elles vivent, participent non pas seulement au choix entre plusieurs solutions proposées clefs en main par des spécialistes (comme c’est souvent le cas dans les événements dits « participatifs »), mais soient reconnues dans la légitimité de leurs savoirs, et contribuent aux recherches, à la production des savoirs au côté des chercheurs, afin que soit intégrée leur expérience, vécue dans leur corps, pour en finir avec cette séparation redoutable de la science et de l’expérience pointé par le biologiste Francisco Varela.

La création théâtrale, comme activateur du surgissement d’ une foule de savoirs co-produits, opérant des transformations dans les participants comme dans les artistes, nous semble le lieu idéal de ce laboratoire collaboratif, d’abord parce qu’elle pense par le GESTE, dans le tissage des relations à l’autre qui nous transforment nous-même, agissant sur les savoirs produits comme  sur les esthétiques des artistes. Car peut-on faire société, communauté, collectif, sans faire corps social partageant l’expérience corporelle du geste singulier devenant commun, et du geste commun devenant singulier?

C’est pourquoi, selon l’éclatante révélation de l’enseignement de Marcel Jousse qu’il n’existe de pensée (efficiente, profonde, transformatrice) QUE gestuelle, nous avons toujours mis au cœur de notre travail, d’artistes-chercheurs à la Compagnie SourouS, ce « faire-théâtre » avec les non-professionnels, dans la proximité des vécus, dans les quartiers, les hôpitaux, les lieux de vie du quotidien, pour rompre avec cette algébrose de la science sociale et de l’action artistique surplombantes.

Les deux spectacles que nous jouons le dimanche 12 Mars 2017 au Théâtre El Duende à Ivry témoignent de ce travail.

Venez nombreux !!

Muriel Roland  –  Cie SourouS

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