chercheur, anthropologue, pédagogue

Catégorie : Documents d’archive

Les présentations du colloque 2025

Le Style Oral de Marcel Jousse, cent ans après

En introduction

Cet événement a été organisé par l’Association Marcel Jousse à l’occasion du centenaire de la publication de : Études de psychologie linguistique. Le Style oral rythmique et mnémotechnique chez les Verbo-moteurs (Jousse, 1925). L’ouvrage est nommé en raccourci Le Style Oral.

Avec ce colloque, l’Association Marcel Jousse a tenu à rassembler des chercheurs de différents horizons géographiques et disciplinaires autour de ce livre si particulier qui inaugura la carrière scientifique de Marcel Jousse. Nous les remercions chaleureusement pour leur confiance et pour la qualité de leur travail : il a fait de cet événement anniversaire un moment exceptionnel.

Le colloque a eu lieu samedi 22 mars 2025 au Collège des Bernardins à Paris et en visioconférence. 170 personnes s’étaient inscrites pour le suivre soit sur place, soit à distance.

Cette réussite doit beaucoup au travail de Titus Jacquignon, responsable du comité d’organisation ; secondé par Thomas Marshall pour la partie technique.

Nous remercions également les partenaires qui ont appuyé et fait connaître le colloque en France et sur différents continents :

Le colloque en replay

Nous avons enregistré les différentes présentations et réalisé un montage vidéo afin de les rendre accessibles en différé, de façon pérenne et gratuite :

  • à l’attention des personnes inscrites qui n’ont pas été disponibles pour le suivre en direct ;
  • à l’attention des participants qui souhaitent approfondir leur étude en revenant sur telle ou telle intervention – il faut reconnaître en effet que les contraintes d’organisation matérielle conduisent à grouper dans une journée bien plus que ce que nous sommes en capacité de recevoir et d’assimiler !
  • et aussi en pensant à d’autres personnes qui pourront trouver cette page par le bouche à oreille ou via leur moteur de recherche. Bienvenue !

Les orateurs qui l’ont souhaité ont également fourni une version écrite de leur communication à publier sur cette page, afin d’en faciliter la consultation.

A lire pour en savoir plus : sur Le Style Oral de 1925, les enjeux du colloque, le programme annoncé pour le colloque.

La journée a été pensée autour de 2 axes :

  • Le matin, des recherches mettant en perspective cette publication inaugurale de Marcel Jousse – un programme de recherches qu’il a développé ensuite pendant une trentaine d’années ;
  • L’après-midi, des recherches contemporaines sur les mondes de l’oralité en dialogue avec l’anthropologie de Marcel Jousse.

1. Autour du Style Oral de Marcel Jousse

Titus Jacquignon, Docteur en sciences du langage de l’Université Bordeaux-Montaigne :

Le problème des deux modèles dans l’anthropologie joussienne.
De la publication du Style Oral (1925) aux cours d’anthropologie du geste (1931-1957) : continuités et changements au sein de l’œuvre de Marcel Jousse.

La version écrite de l’exposé transmise après le colloque


Rémy Guérinel, Association Marcel Jousse :

Enquête autour d’un objet étrange et singulier
« Archives de philosophie. Etudes de psychologie linguistique. Le Style oral rythmique et mnémotechnique chez les Verbo-moteurs » par Marcel Jousse, ou les coulisses du Style Oral.

Le diaporama de la présentation transmis après le colloque


Pierre-Yves Testenoire, Université de la Sorbonne (Paris) :

Qu’entendait-on par “style oral” au temps de Marcel Jousse ?


Florence Louvet, doctorante contractuelle
Chaire ICP-ESSEC Entreprises et bien commun à l’Institut Catholique de Paris (elle a soutenu sa thèse depuis) :

Le Style Oral : Méthode, sources et réception critique


Duoduo Xu, Post-doc à l’Université de Singapour (présentation en anglais, en visioconférence) :

Le travail de traduction de Marcel Jousse accompli par Edgard Sienaert

Voici son parcours académique :

  • Tsinghua University Department of Chinese Language and Literature, Master of Arts, Bachelor of Arts
  • Nanyang Technological University, Division of Chinese, PhD
  • Nanyang Technological University, School of Humanities, Post-Doc
  • National University of Singapore, Asia Research Institute, Post-Doc
  • National University of Singapore, Chinese Studies, Post-Doc

La traduction en français du texte de sa présentation


Table-ronde animée par Jean-Rémi Lapaire, professeur émérite de linguistique de l’Université Bordeaux-Montaigne, avec les intervenants de la matinée.

2. Les études contemporaines sur les mondes de l’oralité en dialogue avec l’anthropologie de Marcel Jousse

Dominique Casajus, directeur de recherche émérite au CNRS :

Le Style écrit en situation d’oralité

Dominique Casajus a consacré l’essentiel de ses travaux à la culture et à la poésie des Touaregs. Il a également étudié les travaux linguistiques de Charles de Foucauld, dont il a publié une biographie en 2007 (Charles de Foucauld. Moine et savant) et a étendu son intérêt à la tradition orale en général (L’aède et
le troubadour. Essai sur la tradition orale
, 2012) ainsi qu’aux alphabets touaregs (L’alphabet touareg. Histoire d’un vieil alphabet africain, 2015).

La version écrite de l’exposé transmise après le colloque :
De Marcel Jousse aux Touaregs en passant par Homère : écriture dans un monde d’oralité


Gabriel Luis Bourdin, professeur d’anthropologie à l’UNAM (Mexique) :

Le style oral et l’écriture dans la civilisation Maya

Gabriel Luis Bourdin est chercheur à l’Institut de Recherches Anthropologiques (IIA) et enseigne l’anthropologie du langage à l’Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM).
Ses recherches se concentrent sur la langue et la culture du peuple Maya. Il a publié, en espagnol, Le corps humain chez les Mayas. Une approche linguistique (2007), Les émotions chez les Mayas. Le lexique des émotions en maya yucatèque (2014) et La jungle anthropologique. Une introduction à l’anthropologie du geste et du mimisme de Marcel Jousse (2019). Il a donné des cours et des conférences sur l’anthropologie du langage et la
culture maya dans des universités au Mexique, en Amérique du Sud et en Europe. En 2020, il a publié la traduction en espagnol de Études de Psychologie Linguistique. Le style oral, rythmique et mnémotechnique chez les Verbo-moteurs, de Marcel Jousse, avec une préface d’Edgard Sienaert. Depuis 2022, il fait partie du Bureau de direction de l’Association Marcel Jousse.

Invité pour le colloque, il a pu être présent à Paris.


Daniella Police-Michel, maître de conférences émérite en linguistique à University of Mauritius (en visioconférence) :

La pertinence de la théorie de Marcel Jousse pour aborder la créolité

Daniella Police-Michel a enseigné la linguistique à l’Université de Maurice de 1996 à 2019. Ses publications se situent dans les domaines des Études Créoles et du Plurilinguisme. Elles portent entre autres sur la culture et la langue créoles dans le contexte mauricien, sur la pédagogie convergente et l’intercompréhension
des langues et des cultures.
Par son engagement aux côtés de son époux, Sylvio Michel, elle a participé à la lutte pour la protection de la montagne du Morne, site de mémoire du marronage, inscrit depuis 2009 sur la liste des patrimoines mondiaux de l’UNESCO. Elle a aussi contribué à la mise en place d’une Commission Justice et Vérité sur l’esclavage et l’engagisme ainsi qu’à l’introduction de la langue Kreol Morisien dans les programmes universitaires d’une part, et d’autre part, dans le cursus scolaire du primaire et du secondaire.
Elle est actuellement Vice-Présidente de la Green Reparations Foundation, membre du parti écologiste Verts Fraternels et du comité de rédaction du mensuel Lekolozis.

La présentation est basée sur le contenu de l’article suivant : Police-Michel, D. (2006). “Le séga traditionnel mauricien : lieu de naissance d’un nouvel anthropos”, In Revue Études Océan Indien. N°37.


Willy Bongo-Pasi Moke Sangol, professeur émérite de philosophie à l’Université de Kinshasa (en visioconférence) :

L’anthropologie du geste et le style oral de Marcel Jousse face à la littérature orale africaine

Docteur en Philosophie, sa thèse soutenue en 1996 et publiée en 2011 est intitulée : L’Intussusception selon Marcel Jousse : lieu théorique d’une anthropologie épistémique, Thèse de doctorat en philosophie, Département de Philosophie, Faculté des Lettres,
Université de Kinshasa, 1996, 759 pages.
Son domaine de recherche est l’Épistémologie. Il s’intéresse également aux questions des Droits humains et de la Bioéthique. Spécialiste de Marcel Jousse, il est auteur de plusieurs publications scientifiques (livres et articles).
Ses principaux enseignements (dans les universités congolaises et étrangères) portent sur l’épistémologie, la métaphysique, la bioéthique, la logique, l’anthropologie philosophique et
la philosophie du droit.
Il est actuellement Professeur Émérite de l’Université de Kinshasa, Promoteur de plusieurs thèses de doctorat, Doyen honoraire du Département de Philosophie de Faculté des Lettres
et Sciences Humaines de l’Université de Kinshasa et Membre actif de plusieurs sociétés savantes.
Il est aussi Vice-Président du Comité d’Éthique de l’École de Santé Publique de l’Université Kinshasa, Membre du Comité national de Bioéthique et Recteur (Président) de l’Université
Panafricaine du Congo (UPAC) en République Démocratique du Congo.

Invité pour le colloque, il a malheureusement été empêché de venir à Paris.


Augustin Ahoga, docteur et enseignant-chercheur en dialogue interreligieux et anthropologie culturelle (en visioconférence) :

Parole et rythme comme critère d’identité chez le peuple verbomoteur Maxi du Bénin

Dah Cossi Augustin Ahoga est le Président de l’Association des Chercheurs pour la Promotion des Réalités Endogènes Africaines, en abrégé ACPREA, dont le siège est au Bénin.
« Dah » est le titre accordé aux sages savants représentant d’un clan chez tous les peuples verbomoteurs dont l’identification linguistique est « Gbe ».
L’Association a créé le Laboratoire Interdisciplinaire des Réalités Endogènes de l’Afrique (LIRE-Afrique). Dah Ahoga a consacré depuis 1987 ses recherches sur les Religions Traditionnelles Africaines qui servent plusieurs universités et facultés. Il a
consacré plus de 8 ans à la résolution de conflit interreligieux chez le peuple verbomoteur les Maxi (Mahi), son ethnie au centre du Bénin. De ces travaux du terrain, il en a proposé une
approche africaine de faire le dialogue religieux et des recherches chez les peuples verbomoteurs (Approche MADIR 2022, publié par Langham). Cumulativement aux travaux de recherche de laboratoire, Dah Ahoga est associé à l’établissement d’un département des religions à l’université d’Abomey-Calavi.

La version écrite de l’exposé transmise après le colloque :
Parole et rythme comme critère d’identité chez le peuple verbomoteur Maxi du Bénin

Les conférences de Jousse qui n’ont pas été transcrites

Entre la publication du Style Oral (1925) et le début de ses cours réguliers à la Sorbonne, à l’Ecole d’Anthropologie :

1927 : 3 conférences à l’Institut Biblique Pontifical, à Rome

1930 : 3 conférences à l’Université catholique de Louvain, Institut Supérieur de Philosophie

1 conférence donnée à l’Instituut Voor Opvoedkunde, St Lucasschool, à Gent

1931 : 3 conférences données au Foyer international des étudiants catholiques, à Paris

1931 : 1 conférence donnée à la salle de la Société de Géographie, à Paris

1932 : 3 conférences données à l’Institut international d’Anthropologie, à Paris

 

Il est aussi sollicité par des théologiens :

1937 : 1 conférence donnée à la Faculté libre de théologie protestante, à Paris

Entre 1934 et 1937, 3 cycles de leçons données à la Faculté de Philosophie de Jersey (lieu de formation des Jésuites)

 

> Le catalogue des conférences et leçons de Marcel Jousse qui n’ont pas été transcrites.

Jousse selon le TIME Magazine le 6 Novembre 1939

Rythmocatéchiste

Au sein de la Compagnie de Jésus, ces défenseurs militants de l’orthodoxie catholique romaine, un jésuite français nommé Marcel Jousse a longtemps été un « enfant terrible ». Ancien capitaine d’artillerie qui a commencé à étudier dans cet ordre religieux après la Première Guerre mondiale, le père Jousse, âgé de cinquante ans, avec des cheveux blancs, a inventé et enseigne aujourd’hui ce qu’il appelle le Rhythmocatéchisme, ou prêcher avec des gestes.

Sa théorie a commencé à prendre forme quand il a remarqué une distinction entre le mimétisme des humains et celui des singes : les enfants peuvent imiter des actions telles que le rasage et le tir sans utiliser de rasoirs ou d’armes à feu ; mais les singes ne le peuvent pas, ou ne le font pas. Le père Jousse est convaincu que mimer et faire des gestes a existé avant d’écrire ; les hiéroglyphes, croyait-il, n’étaient pas des idéogrammes, mais des mimogrammes, des représentations de gestes significatifs.

De ses recherches, le Père Jousse a conclu qu’il était possible de reconstruire non seulement ce que Jésus disait, mais aussi comment il le disait, à partir de textes en araméen – langue que beaucoup croient que Jésus parlait, et que le Père Jousse considère admirablement apte à exprimer des gestes éloquents. Pour d’autres jésuites, ses théories sentaient l’hérésie. Mais le père Jousse se défendit lui-même d’être hors de cause, et convainquit même feu le pape Pie XI, dans une interview personnelle dont les paroles et les gestes ne furent pas rapportés, qu’il était foncièrement orthodoxe.

Malgré la guerre, à Paris, la semaine dernière, le père Jousse se préparait à reprendre à la Sorbonne son cours de rythmocatéchisme. Son titre : Les Rhythmes Formulaires de l’Apocalypse d’Ezdras et le Style Oral Palestinien. La première disciple du père Jousse, sa fidèle amie et collaboratrice, est une minuscule vieille fille aux cheveux blancs, du nom de Mlle Gabrielle Desgrées du Lou. Cette dame, qui doit s’inscrire en tant qu’étudiante pour entrer à la Sorbonne, fait pour le père Jousse les gestes à la tribune, en chantant, par exemple, la parabole de Jésus des maisons construites sur le sable et sur le roc. Mlle Desgrées du Lou tourne les yeux, agite les bras, se tord et se balance comme une danseuse de ballet. Quand le père Jousse donne des conférences, 200 personnes regardent, les yeux grands ouverts : des médecins, des spiritualistes, des philologues, des étudiants de ballet, des poètes (parmi eux Paul Valéry) — et deux théologiens jésuites, en oiseaux de proie guettant les hérésies.

Article de presse sur l’inauguration de la chaire à l’École d’Anthropologie

M. Marcel Jousse, dont les travaux sur l’origine et le mécanisme du langage humain ont créé une science nouvelle, inaugurait le lundi 6 octobre la chaire qu’il a fondée à l’École d’Anthropologie de Paris et à laquelle il a donné le nom d’Emmanuel Desgrées du Loû.

Au début de ce premier cours, M. Marcel Jousse a exposé au nombreux public qui suit avec passion ses travaux pour quelles raisons du cœur il a voulu consacrer sa nouvelle chaire à la mémoire de l’ancien directeur de L’Ouest-Éclair.

“L’École d’Anthropologie veut ressembler à ces vieux châteaux de Bretagne qui résistent aux siècles parce qu’ils ont été construits pierre à pierre, avec foi, avec amour, par des chevaliers vaillants et tenaces. Nos maîtres ont été aussi des chevaliers de la science qui dévouèrent leur vie à leur œuvre et à leur idéal désintéressé. Ils ont édifié ce château de science expérimentale, que j’espère, avec votre concours, avec celui de tous mes collaborateurs, élever et agrandir encore pour y entasser et y garder un trésor de vérités neuves. Mais à tout château il faut sur sa porte un blason. Enfant du peuple, qui doit tout à son travail, je n’ai pas de blason. Qu’il me soit permis, par un hommage du cœur, d’emprunter celui d’une noble famille bretonne, qui associa mon humble effort à sa grande et pure tradition. Emmanuel Desgrées du Loû a servi son pays par la plume, comme son frère le colonel Xavier Desgrées du Loû par l’épée. Tous deux sont morts debout à leur poste de combat, et tenant haut leur drapeau. Que leur nom soit ici le symbole de notre pieux respect envers toutes les gloires du passé, et de notre volonté de créer une science de vie. A leur exemple, je servirai ici une vérité à laquelle j’ai donné ma vie, toute ma vie, et à laquelle je consacrerai tout ce qu’il y a en moi de force et de volonté.”

Après avoir rendu cet hommage ému à la mémoire de notre ami, M. Marcel Jousse a exposé l’essentiel de ses découvertes et de sa méthode de recherche. La nouveauté de ses vues, la fulgurante éloquence qu’il apporte à les exposer et à en montrer l’immense portée ont soulevé l’enthousiasme de son auditoire.

J.C.

journal Ouest Éclair du 10 novembre 1933

Publication du Style Oral

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